"Le miroir magique" - Conte

 

LE MIROIR MAGIQUE - CONTE

Une femme solitaire vivait au coeur d’une forêt. Sa maison se trouvait dans une clairière, entourée d’un jardin. Un miroir clôturait l’ensemble, de telle sorte que les promeneurs ne pouvaient rien voir: le miroir les réfléchissait et ils finissaient par s’en aller, ne voyant qu’eux-mêmes.

 

Miroir noir reflétant univers

La femme était ainsi protégée de tous les regards importuns. Pour traverser le miroir, il n’y avait qu’un moyen: elle devait s’adonner à une danse rituelle. Alors le miroir se dissolvait. Mais une fois libre, il lui fallait faire très attention à tout ce qui la menaçait.

Pour se préserver, elle avait apprivoisé un grand chat blanc, aux yeux bridés qui prenaient toutes les teintes du ciel et de l’eau en fonction de ses humeurs et des dangers qui la menaçaient. Il était étrange et avait quelque chose d’humain: la femme se disait qu’il lui avait été envoyé pour lui donner l’intuition, la clairvoyance et la sécurité.

 

Chat blanc couché

Malgré cela, elle se sentait esseulée et malheureuse. Elle avait dû se réfugier dans la forêt à la suite d’une malédiction dont l’avait frappée une créature serpentine. Elle n’avait pourtant commis aucune faute, mais le serpent l’avait mordue et elle avait failli en mourir. Pour lui échapper, elle avait trouvé ce refuge protégé par le miroir infrangible.

Cependant, elle pressentait qu’un jour, il lui faudrait l’affronter, car elle ne pouvait passer toute sa vie ainsi recluse.

Elle était une femme belle, généreuse, sensible, pleine de vie aux moments où elle se livrait à ses danses exaltées et où le miroir se dissipait miraculeusement, s’ouvrant sur le monde extérieur. Mais elle était perdue pour le monde des humains, car elle ne savait comment se libérer de la malfaisance du serpent.

 

Femme rêveuse et fleurs blanches

Un jour où elle avait dansé avec allégresse, le miroir s’évapora et elle alla dans la forêt. Elle souhaitait cueillir certaines plantes qui poussaient en un lieu assez éloigné. Ces plantes servaient à fabriquer un parfum exquis, enchantement de l’odorat, enchantement des yeux aussi, car leurs fleurs avaient les couleurs de l’arc en ciel. Ce parfum exhalait un tel arôme qu’elle en oubliait sa solitude, sa tristesse, ses craintes. Il était un baume apaisant qu’elle appliquait sur sa peau après son bain.

Ce jour-là, la forêt était fraîche et luxuriante. La femme connaissait le chemin qui menait aux plantes fabuleuses et le suivait comme à l’accoutumée. Parvenue à un croisement de sentiers, elle ne se souvint plus si elle devait prendre à droite ou à gauche. Elle opta pour la droite même si son chat se dirigea spontanément vers l’autre côté. Pour une fois, elle ne le suivit pas.

A droite, s’ouvrait un beau sentier, large et dégagé, où il lui semblait être déjà passée. Mais elle se trompait, et le chat miaula désespérément pour attirer son attention. Elle l’appela avec fermeté, mais il demeura obstinément assis, la regardant fixement de ses yeux mi-clos.

Irritée, elle le laissa là, poursuivant seule sa route sur ce magnifique chemin bordé d’arbres centenaires et de buissons, où chantaient joyeusement une multitude d’oiseaux dans l’attente du printemps proche.

Au bout d’un instant, elle fut bloquée par un rocher qui avait la forme d’une pyramide. Elle n’avait jamais vu de tel rocher dans la forêt. Vaguement inquiète, elle voulut retourner sur ses pas. Mais au moment où elle se tourna, elle discerna un sifflement aigu. Et elle aperçut un serpent cuivré et verdâtre, émergeant de dessous le rocher, qui ondulait dans sa direction.

Serpent

Elle voulut crier pour appeler son chat, mais aucun son ne sortit de sa bouche. Clouée sur place, ses jambes refusaient de lui obéir. Elle était paralysée par la terreur.

Le serpent, qu’elle reconnaissait à présent, prenait presque forme humaine dans l’ombre et la lumière conjuguées. Tantôt animal, tantôt homme. Elle tenta de fuir, mais son corps refusait de lui obéir. Il glissait rapidement vers elle et ses yeux la fixaient si froidement qu’elle sentait son corps se raidir, dans l’attente résignée de la mort. Il était à présent si proche qu’elle percevait déjà sa morsure et son venin.

 

C’est alors qu’une lumière inonda la forêt: irréelle, surnaturelle. Elle illumina le serpent durant quelques secondes, si bien qu’il se détourna, renonçant à sa proie et se repliant à l’ombre du rocher. Puis, un coup de tonnerre retentit. Des éclairs strièrent le ciel, des arbres furent terrassés, et des trombes d’eau se déversèrent sur la forêt.

La femme eut la force de se mettre à l’abri sous les branches épaisses d’un vieil arbre. Brusquement, un éclair plus puissant que les autres frappa le rocher où s’était réfugié le serpent. Il fut brisé en quatre fragments et la femme vit surgir au milieu la tête du serpent écrasée. C’était fini. L’animal était mort. Aussi soudainement que l’orage s’était déclaré, il s’apaisa. La lumière vive disparut elle aussi et il ne resta que les quatre fragments du rocher.

La femme s’en approcha alors avec précaution. Le serpent semblait avoir entièrement disparu sous l’éboulis. Elle avisa une belle pierre teintée de rouge et de vert et la détacha sans peine: elle l’emporta avec elle. Puis, retournant sur ses pas, elle retrouva son chat qui l’attendait à la croisée des sentiers. Elle lui dit qu’il avait raison et qu’il fallait aller à gauche, mais qu’elle avait rapporté une belle pierre qu’elle allait polir et sculpter. Elle prit le sentier de gauche, y trouva les fameuses plantes et en ramena une pleine brassée.

A son retour, quelle ne fut sa surprise de constater que le miroir autour de sa maison s’était totalement dissipé. La lumière du soleil éclairait celle-ci de toutes parts et un charmant chemin menait à la porte d’entrée.

Chaumière dans forêt

Les jours suivants, la femme fut tout à sa joie d’explorer librement les environs et de sculpter la pierre qu’elle avait rapportée. Et la lumière ne quittait pas sa maison.

Alors qu’elle mettait la dernière touche à sa sculpture, elle constata avec surprise qu’elle avait façonné un personnage masculin de la couleur de la roche. Elle déposa la sculpture sur la table et la contempla sans fin.

Le lendemain, la sculpture avait disparu. A sa place, était assis un homme. Empreint de charme, merveilleusement vêtu de couleurs diverses, il était éblouissant. Il lui tendit la main et lui demanda de le suivre. La lumière les enveloppa tous deux dans un halo multicolore lorsqu’ils quittèrent la maison.

 

Ils parvinrent à la lisière de la forêt. Un peuple vivait là dans une grande désolation car il n’avait ni roi ni reine. Lorsque la femme et l’homme arrivèrent, lumineux et radieux, ils furent aussitôt acclamés par la foule qui leur demanda d’être leurs souverains. Après qu'ils eurent accepté, on les conduisit dans le château inoccupé pour la cérémonie d’intronisation.

Leurs armoiries furent constituées d’un serpent entourant un rocher, lequel devint désormais leur lieu de culte. Ils régnèrent tout au long de leur vie avec sagesse et bienveillance.

 

Couple sur terrasse château

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