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FÉMININ ET NATURE - NATURE ET FÉMININ

- Voir aussi ateliers/stage "LE MYSTÈRE DE LA GRANDE DÉESSE" ou les anciennes déesses de la nature -

 

Déesse des fleurs

 

"Je suis une femme seule, puissamment seule…"

("Les ailes du désir", Wim Wenders)

 

C’est le mot « puissamment » qui frappe dans les paroles de l’héroïne de ce remarquable film. Pas "seule". Car toute femme est seule, tout être humain est seul. Ici, elle n’est pas seule, mais puissante de solitude. Pourquoi? 

De nombreuses femmes sont seules, même en étant mères, épouses, soeurs, filles… Et ce n’est souvent qu’à l’issue d’une longue errance à travers la vie qu’elles commencent à percevoir la vérité de cette solitude. Celle-ci rend peu à peu, à leur insu, plus forte. Puissamment forte?

Pas puissante, non. Pas puissante au sens où on l’entend de nos jours. La puissance des forts, des riches, des dirigeants, des assoiffés de toute-puissance, des possédés de pouvoir délétère, et de tant d’autres encore. Non, pas cette puissance-là. Surtout pas cette puissance dont elles ne sont pas partie intégrante, qui leur est inconnue, dont elles n’ont pas fait l’expérience. La "toute-puissance des puissants". Même si certaines d’entre elles tentent de s’y accrocher, comme une huitre à son rocher. Pour gagner leur place dans cette civilisation masculine ? Ou pour légitimer leur droit à y exister? Qui le sait?

Peut-être n’ont-elles pas compris que la puissance des puissants ne peut fonder un destin de femme seule. De femme "puissamment seule". Au contraire, son destin est d’accomplir la puissance de la solitude. Une solitude exaltée jusqu’à son extrême point de non-retour. Une solitude qui fait tituber sur le fil du rasoir, ou la ligne de crête, la tête perdue dans la brume, et les étoiles. Une solitude qui rend forte et vraie. Une force de vie. 

"C’est une force de la nature", dit-on parfois d’un être humain. Une force de la nature… N’est-ce pas une allusion à LA force de la nature? La vraie force qui évince toutes les autres. Celle de la vérité de la nature, de la vie naturelle. La force immanente, qui s’ignore encore elle-même, tant elle s’est oubliée au profit des forces cérébrales, intellectuelles, idéologiques. Une force qui est aussi « justice immanente », elle aussi oubliée. 

La justice naturelle, vraie, intègre, dont les verdicts sont toujours les bons. Si nous négligeons notre corps, il tombe malade. Si nous négligeons notre nature, elle se pervertit. Si nous négligeons LA nature, elle perd toutes ses facultés nourricières et cesse d’être la précieuse alliée qui nous fait vivre. Car en elle réside, mystérieuse et ineffable, la grande loi de la vie. Une fois encore, qui le sait aujourd’hui?  

On parle aussi de "la nature des choses", la "nature humaine", la "nature intérieure"… La "nature des choses"… De quelles choses s’agit-il? Des choses intérieures? 

Peut-être ces choses contrastées et paradoxales qui nous peuplent, qui habitent en nous et que nous ne voyons pas, ne sentons pas, n’entendons pas. Que nous négligeons, oublions d’instant en instant, tant elles nous semblent insipides, insignifiantes dans leur brièveté.

Images éphémères qui s’éclipsent à toute allure, ne se laissant jamais saisir. Comme ces tourbillons d’insectes qui virevoltent un bref instant autour de notre tête, dans un doux bourdonnement, avant de disparaître lorsque d’un geste nous les chassons. Ou des sons, des vibrations de l’air, des souffles du vent dans les feuillages, tout ce que nous entendons en un éclair et qui à peine affleure à notre conscience. 

Et pourtant, toute cette vie intérieure, "naturelle", nous dit la vérité sur nous, sans fard et sans vains mots. Ce qui surgit de l’intérieur, c’est bien notre "nature". Abondante, foisonnante, irrationnelle, énigmatique… Notre nature de femme. Mais de tout cela nous ne savons rien. Ou si peu que nous ne l’assimilons pas pour devenir nous-mêmes.

Enfin, il y a la fameuse "nature féminine"… Pourquoi la nature serait-elle féminine plutôt que masculine? A-t-on jamais entendu parler de "nature masculine"? On parle plutôt des hommes comme d’une "nature altière", "forte nature", "nature courageuse". Ou encore: "Il est d’un naturel altier, fort, courageux…" Quand on ne les gratifie pas d’un "c’est une nature!" Cela étant valable pour les femmes aussi, bien sûr. Cependant…

Pourquoi ?  Des abîmes s’ouvrent devant nous si nous parvenons à ultime cette interrogation. La nature serait-elle de l’ordre du "féminin"? Et l’homme y serait-il étranger? La nature lui resterait-elle donc inconnue. Tout comme la femme lui semble encore et toujours étrangère… Cela donne le vertige. 

Si la nature est encore si inconnue et étrangère à l’homme, il peut en toute bonne conscience l’ignorer, la négliger, la nier. Et l’exploiter avec son bel acharnement, la mettant au service de sa si parfaite notion de progrès.

Ne l’a-t-il pas déjà étudiée sous toutes ses coutures, classifiée, mise en cage et en "casiers", comme il le fait de n’importe quel objet d’investigation. Ne l’a-t-il pas déjà instrumentalisée, jusqu’à lui voler son essence et ses richesses. Niant son sens fondamental. Car elle recèle le sens de la vie. Le sens de toute manifestation de vie. 

Cela, alors, expliquerait tout. Tout ce qui arrive, tout ce qui est arrivé, et tout ce qui continuera d’arriver à la nature. Qu’elle soit Dame nature, ou nature féminine, ou femme. 

Les CONTES et MYTHES souvent nous narrent cette vérité: l’humain a vis-à-vis de LA nature la même relation que vis-à-vis de la  "nature féminine", du féminin, de la femme. Et de tout ce que celle-ci génère et porte naturellement en elle: le rythme de vie, les cycles de vie, le "temps pour tout", la fécondité, les enfants, l’instinct, les animaux, les arbres; la terre, l’eau et l’air; l’aspiration à la plénitude, la complétude, l’harmonie.

Juchées sur notre ligne de crête, nous sommes sur le point de tomber dans le vide, avec l’impression imminente de sombrer. Car nous sommes des femmes. Nous sommes reliées à la féminité. Nous savons qu’elle est là, éternelle, immuable, en nous. Et hors de nous. Sous le visage de DAME NATURE.

Surréel

Voilà comment s’impose ce lien fort entre "féminin" et "nature". 

Une autre question se pose alors. Pourquoi la nature, malgré le féminin qui lui est proche, malgré la multitude de femmes dans ce monde, continue-t-elle d’agonir dans des sanglots désespérés que nous ne percevons que comme des phénomènes naturels ordinaires? Le féminin serait-il lui aussi déconnecté de la nature? Et les femmes? Que leur est-il arrivé?

Je ne peux parler ici que de mon expérience subjective et personnelle de la "nature féminine". De ce lien fort, puissant, indissociable qui lie en moi la femme, le féminin et la NATURE. Un lien inexorable et vrai, si absolu qu’il ne se peut dire. Il se vit comme expérience. Celle de boire à la pure source de vie pour que celle-ci ne devienne pas mort en moi, empoisonnée par les malédictions et destructions de toutes sortes qui s’abattent sur elle.

Et je ne peux m’empêcher de m’étonner intensément. Pourquoi tant de femmes paraissent-elles indifférentes à la nature? Pourquoi ne communient-elles pas ou plus avec la nature? Ne s’y ressourcent-elles pas, ne la recherchent-elles pas? Ne voient-elles pas ce qui se dissimule derrière ses belles apparences et ses formes variées? Pourquoi ne retournent-elles pas à la source primordiale? Qui est l’origine de leur "nature" essentielle. Pour y puiser la force, la créativité, pour y être "soi-même", hors des regards biaisés et artificiels, dans un silence bienfaisant où l’on sent frémir en soi l’être. Être, ce sentiment d’unité intérieure, de plénitude, de complétude.

Tant de femmes m’ont demandé avec étonnement: "Tu n’as donc pas peur d’aller seule te promener dans les forêts et les montagnes?" Seule! Comment une femme peut-elle s’étonner de la communion avec la nature? Elle qui est une "nature féminine", fille de Dame nature. Elle qui porte la nature en elle, qui en est l’héritière, le réceptacle, l’habitacle? Comment la femme s’est-elle détachée de la nature, de "sa nature", son intériorité, son essence, sa vérité? De son immuable féminité?

Par bonheur, toutes ne l’ont pas fait. De nombreuses sont reliées par d’autres liens à la nature. Un seul exemple suffit: les naturopathes ne sont-elles pas les dignes filles des guérisseuses des temps anciens? Tout comme celles qui oeuvrent dans leur espace de vie: celles qui replantent les arbres, veillent amoureusement sur leurs plantes et herbes; celles qui ne veulent exterminer les animaux pour s’en repaître; celles qui donnent généreusement les semences végétales à ceux qui cultivent la terre et en sont dépossédés… Et tant d’autres encore qui se soucient profondément de la destinée de Dame nature.

Femme à robe rouge se mêlant aux feuillages rouges

Il est temps à présent. J’ai envie de crier: féminin, femme naturelle, éveille-toi! 

Eveille-toi, réveille-toi, réagis, agis, parle, ne reste pas silencieuse et absente. Ne laisse plus agir sur toi, ne laisse plus agir sur ta nature et sur LA nature. 

Tu fais partie de la nature. Ton existence, ton essence sont en jeu.

Ceux qui te nient et te traitent mal sont ceux qui nient et maltraitent la nature. Ceux qui refusent de la laisser vivre à son rythme, telle qu’elle est, sont ceux qui te refusent le droit à ta propre vie, à ta destinée.

Celle qui leur a donné vie, ils la veulent circonscrite, soumise, au service de leur conception cérébrale, pervertie et anti-naturelle de la vie. Ainsi, ils la considèrent comme ils ont toujours considéré les femmes, leurs filles, jusqu’à la femme seule croisée dans la rue. Cette femme "puissamment seule". 

Eveille ta conscience, va au fond de toi, de ta "nature",  de ta psyché, pour te voir telle que tu es. Vois cette nature qui sommeille en toi et te constitue, te fonde, te prodigue ta souveraineté et ta puissance. À condition que tu le veuilles, que tu veuilles te relier à elle et nourrir ce lien par ton sentiment, ton intuition, ton instinct. 

Alors oui, il te sera possible de lutter pour toi, et pour les femmes tes soeurs. Pour ta nature profonde, et pour la nature ta mère, Dame nature.

Certaines d’entre nous ont simplement oublié ce lien, ou oublié de le tisser pour qu’il ne se fissure pas. La vie actuelle étant ce qu’elle est les a attirées irrésistiblement du côté de la "non-nature".

La société masculine ou « patriarcale » et sa soif inassouvie de "croissance", qui oublie de laisser l’arbre croître en chacune et en chacun de nous. Une société qui ploie elle-même sous la multiplicité de ses règles, ses lois, ses principes. Souvent insensés et inutiles, car la "justice immanente" toujours finit par avoir le dernier mot. Et ce, malgré notre intelligence artificielle, à laquelle nous vouons un culte stérile. Car jamais elle ne nous nourrira et ne nous comblera. Jamais elle n’assouvira notre faim, qui est faim de vérité, de justice, d’amour, d’unité. L’intelligence de la nature lui est infiniment supérieure. Puisqu’elle est l’intelligence de la vie même. 

Sans Dame nature, que serions-nous? Et sans notre nature intérieure, notre "nature féminine", comment vivrions-nous? La mort nous emporterait d’un souffle puissant. Fauchant tout sur son passage. L’entropie nous guetterait cruellement.

Il y a très longtemps, la vie avec ses manifestations était projetée sur l'archétype de "la Grande Déesse", figurée par des déesses de la NATURE, des déesses-mères, qui abondaient dans toutes les civilisations. Elles étaient des avatars de Dame nature et de notre nature féminine. Les femmes d’alors ne le savaient pas, n’avaient pas de concepts pour l’expliquer psychologiquement et spirituellement. Mais il en était ainsi. Et même si les femmes étaient soumises au masculin, au patriarcat et à ses règles implacables, elles restaient reliées à elles-mêmes et à la nature grâce à ces déesses qui sont restées vivantes durant des millénaires.

Femme nature

Isis l’épouse salvatrice, Déméter la mère aimante, Ishtar l’amoureuse, Cybèle l’intense jalouse… et tant d’autres. Jusqu’à Marie, la grande mère humaine. Elles ont toutes - à l’exception de Marie peut-être - été oubliées, et sont tombées en désuétude. En proie au mépris et au déni des hommes, avides de les remplacer par leurs dieux solaires, virils, souvent durs et impitoyables dans leur moralisme et leur rejet de la nature, du naturel, du féminin, de la femme et de LA nature. 

Ce fut alors le début de l’exploitation organisée et insatiable de Dame nature. Jusqu’à l’épuiser et la dénaturer. 

  • De ces déesses de la nature, il nous faut parler. Il nous faut explorer ce qu’elles sont et qu’elle est leur véritable fonction. Il nous faut les retrouver, les reconnaître, peut-être les percevoir en nous.
  • Pour que nos âmes restent le réceptacle de leurs richesses et leurs dons. Pour que nous retrouvions en nous, tout au fond de nous, celle qui nous habite et peut nous accompagner sur notre chemin.
  • Alors, notre chemin de femme seule sera celui d’une femme "puissamment seule", ayant recouvré son sens et son essence.
  • Femme naturelle, sauvage, souveraine, s’élançant avec le vent, délestée de toute contrainte et de tout asservissement, vers sa destinée. Entière et libre enfin...

 

Femme secouant cape rouge dans nature-Peinture

 

 

Date de dernière mise à jour : 13/10/2019