L'arbre et ses symboles - Dialogue III

 

L'ARBRE ET SES SYMBOLES

 

Arbre de vie mandala

 

"Pourquoi ne prenez-vous pas du temps pour aller dans la forêt? Quelquefois, un arbre vous dit davantage que ce que vous pouvez lire dans des livres." (CG Jung)

 

"Grise, cher ami, est toute théorie et vert l’arbre d’or de la vie." (Goethe)

 

L'ARBRE ET SES SYMBOLES - PATRICIA ET SOPHIE, DIALOGUE III

  • En tant qu’espèce vivante, l’arbre a une fonction essentielle et nécessaire à la vie. Nous en prenons de plus en plus conscience lorsque nous le voyons partout, dans les lieux les plus improbables, en proie aux flammes, cerné par la gravité des problèmes dont nous sommes en grande partie responsables. Ce dernier été fut particulièrement dévastateur pour l’arbre et notre planète. 

Prenons garde à ne pas gaspiller à outrance ce "don" si fragile dont parle Jung. 

"Les dons supérieurs sont les plus beaux, mais aussi les plus dangereux fruits de l’arbre de l’humanité. Ils sont soutenus par de frêles branches faciles à briser."

Qu"en pensez-vous Sophie?

 

  • L’arbre est en effet un assistant majeur de la vie. Son destin est étroitement lié au nôtre. Eradiquer les forêts nous condamne. Ce qui nous rend coupables d’écocide.

Cependant, disserter indéfiniment sur la responsabilité humaine est vain. Il ne s’agit plus de justifier nos actes: il s’agit aujourd’hui d’agir de toute urgence et d’une manière différente. La population humaine s’accroît rapidement alors que le nombre d’arbres diminue trop vite. Les forêts n’ont plus le temps de se régénérer. il nous faut impérativement inventer de nouvelles "respirations", au sens propre.

Néanmoins, ainsi que le souligne Jung, l’arbre ne cesse, depuis toujours, de nous parler de nous. Son tronc rugueux témoigne de ses blessures et ses victoires sur le temps; son adaptation au monde et à l’environnement est remarquable; son toucher apaise; son bruissement réduit le stress, son odeur met en contact direct avec la terre et l’humus nourri de ses feuilles tombées.

L’arbre évoque irrésistiblement la droiture et la stabilité.

 

  • Oui. L’arbre crée un lien entre toutes les espèces vivantes, les éléments terre, eau, air et ciel, et l'homme. C'est pourquoi on le trouve dans les récits et mythes universels depuis l'aube des temps, ceux qui racontent l'histoire de la nature extérieure et de la nature humaine, et celle du processus de vie.

Archétype vivant dans l’âme, figurant l’homme et sa croissance, l’arbre suit un chemin ascensionnel, évolutif, vertical, à l’instar du cycle immuable de la naissance-mort-renaissance. Cette dimension symbolique est mise en évidence par Jung.

"Les moralistes (...) croient que le bel arbre de l'humanité ne prospère que grâce à l'élagage, au palissage et à l'installation d'espaliers, alors que le soleil, qui est le père, et la terre, qui est la mère, l'ont laissé croître librement à leur fantaisie, selon des lois profondes et pleines de sens."

 

  • D’un point de vue psychologique, Jung nous rappelle en permanence la nécessité de la connaissance de soi: ses chemins de recherche et de découverte, ses dangers d’aller trop vite et de méconnaître son sens véritable. La descente en soi est une étape nécessaire, qui permet de retrouver et de soigner ses racines psychologiques.

C’est s’ancrer dans la terre pour que germe un nouvel être: pour que croissent le tronc, les branches et les feuilles, pour que les fruits soient pérennes et mûrissent chaque année avec plus de vigueur, ces "dons supérieurs" dont parle Jung.

Mais le fruit, lui, reste toujours le même: il subit la tentation des raccourcis et des recours à la facilité. On ne naît pas "fruit" et les diverses étapes qui mènent à la fructification et la maturité sont longues, et avortent parfois. Dans certains types de thérapies, on se concentre trop sur le fruit, on s’en contente et on oublie qu’il faut d’abord prendre soin du tronc - la santé du corps - et des racines - la mémoire -, car ce sont eux qui assurent la croissance de beaux et bons fruits vertueux et nourriciers.

La destinée de l’arbre est d’être aux confins de tous les possibles: il est le totem animiste, le symbole d’une nature riche et nourricière aux racines profondes qui permettent à la jeune pousse de jaillir hors du sol. Sa sortie de la terre et de l’eau signe l’entrée dans le monde de la culture et comme toute naissance, annonce déjà sa future mort. Naître à l’air et au soleil favorise sa croissance, lui confère force et sagesse, avant une mort brutale ou une dégénérescence sénile.

Depuis l’avènement de la culture, de la philosophie et de sa cohorte de sciences, l’arbre n’est plus libre de croître naturellement. Il est planté par l’homme, coupé et taillé pour ses besoins ou ses désirs excessifs. Ainsi fragilisé, l’arbre est devenu un mortel comme les autres.

Mais nous avons oublié qu’il garantissait l’équilibre de la vie entre CO2 et oxygène, qu’il assurait le gite et le couvert à de multiples créatures vivantes, et qu’il établissait un lien fondamental entre la terre et le ciel.

 

  • En effet, en tant qu’archétype du monde, l’arbre crée un lien indéfectible entre les mondes souterrains (chthoniens), terrestres et célestes. Et il unit tous les éléments: la terre se mêlant à son corps par les racines, l’eau circulant avec la sève, l’air nourrissant ses feuilles et le feu jaillissant de son frottement. 

C’est ainsi que l’arbre est un puissant archétype de la vie elle-même. Il vit plus longtemps que l’homme, ce qui lui confère sa dimension fascinante, à la fois naturelle, symbolique et spirituelle. 

Universel, l’arbre est présent dans toutes les civilisations, à toutes les époques, dans leurs religions, leurs mythologies, leurs traditions spirituelles, ésotériques, sous la forme d’arbres-pères, d’arbres-mères, d’arbres-totems, d’arbres-croix, d’arbres généalogiques… Il y représente la loi constante de la vie: la croissance, et le cycle toujours renouvelé de la naissance, la vie et la mort.

L’arbre a une symbolique androgyne: à la fois féminin-maternel et masculin-phallique - "phallique" chez Jung signifiant la libido et l’énergie vitale dans sa totalité et non exclusivement la sexualité. 

Féminin et maternel, il est la fécondité inaltérable, le processus de l'éclosion, la matrice protectrice et sécurisante. Initiatrice aussi, car il s’y perpétue l'expérience de la renaissance.

Masculin, il est la force de l'enracinement par ses racines qui puisent dans la terre les nourritures nécessaires à son énergie, sa vigueur, la robustesse de ses branches.

Maternel à l’instar de l’arbre généalogique qui engendre les lignées, les hommes descendent de lui dans de nombreux mythes. Dans le mythe d’Isis et Osiris, Osiris est enfermé après sa mort dans un tronc de bruyère; Isis, son épouse-mère, le retrouve et le libère pour le faire renaître. 

Arbre de vie, l’arbre maternel est aussi arbre de mort: dans de nombreux rites, les morts étaient inhumés dans des arbres creux, car ceux-ci étaient le lieu de la mise à mort ou de la castration par la mère. Atys s’émascule sous un pin, victime de la jalousie de Cybèle, sa déesse-mère. Pentheus (lié à Dionysos) est un jeune Grec dévoré de curiosité pour les fêtes secrètes des Bacchantes-Ménades. Une nuit, il se dissimule dans un pin pour épier les femmes en extase, dont sa propre mère. Le découvrant, celles-ci abattent le pin et la mère de Pentheus est l’une des premières à se jeter sur lui pour le tuer.

Lieu de sépulture où le mort est enseveli pour renaître, lieu de l’union entre la mère et le fils, l’arbre devient la matrice de la renaissance.

Quant à l’arbre mythique, il est l’arbre de vie du paradis dans les mythes de création: souvent un pommier aux fruits immortels. Dans le jardin des Hespérides grec, s’épanouissent des pommes d’or. Le paradis celte, Avalon (à l’étymologie proche d’ "apple", pomme), regorgeait de pommiers.

Le pommier a une importance primordiale dans la Genèse judéo-chrétienne. La croix chrétienne est considérée comme un arbre de mort qui se métamorphose en arbre de vie. Témoins les nombreuses figurations du Christ crucifié à un arbre vert gorgé de fruits.

 

  • "L’arbre philosophique est le symbole courant qui désigne le processus philosophique", selon Jung.

Processus en perpétuelle évolution, sa métamorphose est aussi philosophique.

La vie intérieure, comme la vie biologique, s’amenuise et se limite si elle n’est pas stimulée par les relations humaines qui la nourrissent et la font grandir.

L’arbre symbolise l’empreinte de la vie à la fois dans la verticalité et le cercle. Les quatre saisons s’inscrivent dans le cycle de vie. Du bourgeon à la mort de la feuille, la décomposition sert d’engrais et nourrit les racines. Elle participe ainsi à la croissance du tronc, agit sur la formation des branches dont le développement se vit dans la verticalité, de la terre vers le ciel, et de la surface dans les profondeurs de la terre. 

Le rythme cyclique des saisons croise et recroise sans cesse cette verticale - croissance, âge mûr, mort. C’est dans l’alchimie de ces rencontres permanentes que la vie se construit, se renforce, et prend conscience de ce qu’elle est, et de ce vers quoi elle tend.

Advenir à lui-même réconcilie l’homme avec la nature, permet l’émergence du moi et irrigue les canaux au-delà du biologique. La science, l’art, la psychologie... constituent le prolongement naturel des branches, feuilles éphémères ou persistantes d’une connaissance en création constante.

 

  • C’est en raison de sa symbolique universelle que l’arbre est cette figure naturelle de sagesse qui est à même de nous guider vers notre voie et notre maturité. Ainsi que le dit justement Jung:

"La condition d'une vie harmonieuse est que l'on s'accepte entièrement et que l'on ne regrette rien, afin que tout soit mis en oeuvre pour la croissance de l'arbre. (…) la meilleure méthode [d'éducation] est celle qui sait faire pousser un arbre de façon qu'il remplisse le plus parfaitement possible les conditions de croissance mises en lui par la nature."

En effet, la "voie de l’arbre" correspond à la voie naturelle. Elle va à l’encontre du rationalisme, du matérialisme, de la cupidité, de la concupiscence et de l’impatience qui caractérisent l’être humain. A l’opposé, l’arbre est immobile, impavide, calme: il croît en étendant ses racines vers le ciel et lorsqu’il se présente un obstacle, ses branches le dépassent avec souplesse. Chaque contenu de notre psyché - chaque branche - peut ainsi découvrir le moyen de contourner l’obstacle qui entrave sa croissance.

Suivre sa voie naturelle, c’est se laisser croître tel un arbre, en respectant son rythme propre et suivant sa route avec fermeté. Jusqu’à ce que, le moment venu, les fruits mûrissent.

La voie de l'arbre est donc celle de l'être humain, l'arbre figurant l'homme dont la psyché suit la même courbe. L’arbre est manifeste en chaque homme qui plonge ses racines dans ses abîmes intérieurs - là où résident ses ancêtres - et croît vers sa destinée personnelle.

"Pour que nos feuilles puissent atteindre le ciel, nos racines doivent descendre jusqu'en enfer. Sans émotions, il est impossible de transformer les ténèbres en lumière et l'apathie en mouvement." dit Jung.

 

  • Oui et non, car si un arbre relève seulement de la nature, il ne pourra progresser. L’arbre doit également être taillé: parfois, une légère coupe d’été est plus bénéfique qu’une coupe drastique de fin d’hiver. Favoriser ses branches fructifères, c’est lui offrir une perspective d’évolution, c’est-à-dire l’émergence de l’état de nature vers celle de la culture. C’est aussi prolonger son espérance de vie en supprimant ses branches cassées, et lui permettre de se reconstituer. En l’orientant et le rectifiant pour ne conserver que le meilleur, l’arbre devient plus résistant aux agressions extérieures.

  • Pour cela, il est nécessaire que l’arbre ne soit pas gravement menacé. Or, à l'heure actuelle, notre "arbre de vie" est menacé: il ne peut plus croître naturellement, sainement, de manière équilibrée et pérenne. 

Il en est de même de la nature intérieure de l'homme, de sa psyché. L'élargissement de sa conscience assoupie est de plus en plus incertain et fastidieux. Or, négliger la conscience, c’est délester la vie de son sens, de son étincelle créatrice et de ses multiples possibilités de croissance.

Par conséquent, ce lien si juste entre la nature intérieure et la nature extérieure a été considérablement distendu.

Si l’arbre de vie croît, notre arbre intérieur croît également. Si la nature se développe selon ses lois et son rythme propres, notre nature intérieure se développera et nous guidera vers notre réalisation et l'accomplissement de notre destinée.

N’est-ce pas à cette correspondance entre l’arbre et ses symboles que songe Jung lorsqu’il dit:

"La conquête de la conscience fut le fruit le plus précieux de l’Arbre de Vie, l’arme magique qui conféra à l’homme sa victoire sur la terre et qui lui permettra - nous l’espérons du moins - une victoire encore plus grande sur lui-même."

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