Rêve, monde inconnu, voie vers inconscient, analyse, connaissance de soi, intégration, enrichissement, Moi/Soi, psychologie analytique, Jung

 

LE RÊVE SELON JUNG

(voir également l'événement "analyse de rêves")

 

"Le rêve est une porte étroite, dissimulée dans ce que l'âme a de plus obscur et de plus intime; elle ouvre sur cette nuit originelle cosmique qui préformait l'âme bien avant la conscience du moi et qui la perpétuera bien au-delà de ce qu'une conscience aura jamais atteint." (CG Jung)

 

Porte jeu d'échecs coffre dans décor fantastique

 

Le rêve de Jung

 

Rêve de Jung

 

 

"Le rêve est une seconde vie" (Gérard de Nerval)

Pour CG Jung, cette brève phrase de Nerval qui amorce son ouvrage "Aurélia ou le rêve et la vie", serait tout à fait juste et appropriée à la psychologie analytique ou psychologie des profondeurs. 

 

Inconscient collectif de jung

 

Le rêve - et le fait "incontestable" de l’acte de rêver - ne constitue pas un étalage nocturne d’insanités accumulées dans notre cerveau pour donner à ce dernier la satisfaction de les décharger la nuit pour nous en délester, jouant en quelque sorte le rôle d’un "éboueur" de nos "déchets" diurnes:

  • sauf pour ceux qui, à l’époque actuelle, croient encore que la psyché ou l’âme - qu’ils identifient à tort à la raison, la logique, l’intellect ou à des connexions cérébrales - est toute-puissante et peut tout si nous le voulons ("je veux, donc je peux");
  • ceux qui ne croient qu’au moi (l’égo) et qui pensent n’exister que par cette partie infime et limitée de nous (qui n'est qu'un "complexe" parmi les autres) qu’ils ont érigée en guide suprême de leur destinée, à l’instar de "l’ego cogito sum" ("Je pense donc je suis") cartésien.
  • En effet, pour ceux-là, il n'y a "rien que" ce petit ego ou cette raison logique ou cette volonté, pour nous dicter nos actes et nos choix, diriger nos pensées, sentiments, sensations, instincts... quoi qu’il puisse advenir, par ailleurs, en eux et dans leur vie, et souvent au détriment de leur évolution personnelle et de leur destinée.

Pour ceux-là, l’âme n’est que cela: une fonction circonscrite et bornée de la personne face au monde extérieur. Un "rien que", comme dirait Jung qui a redécouvert - durant une vie dédiée à l’exploration empirique de la psyché - son étendue et sa profondeur, et sa faculté projective de mener l’être humain vers son unité, son accomplissement et la totalité de son être.

C’est ainsi qu’une scission s’est creusée entre ceux qui accordent à cette conception rationnelle et limitée du moi une importance démesurée et ceux qui, par l’expérience intérieure et l’introspection, la quête d’eux-mêmes et l’exploration de leur psyché, ont perçu son autre versant, son "au-delà". Ce monde inconnu, mystérieux et infini qui la complète et peut nous mener vers la réalisation de notre être total: le monde inconscient, qu'il soit personnel ou collectif.

 

Ile volante enfant lunaire

 

Pour les premiers, - ceux qui ont rompu leur lien avec l'inconscient et ont emprisonné ce dernier dans une cage intérieure radicalement verouillée - il est logique que le rêve ne constitue qu’un résidu des activités et émotions diurnes, qui disparaît à l'aube dans les limbes insignifiantes de la nuit. Il n’a pas de lien fondamental avec la conscience et les fonctions avec lesquelles celle-ci aborde le monde et s’y adapte. 

Comme le dit Jung:

"Prétendre que les rêves ne sont que la réalisation de désirs refoulés est une conception depuis longtemps caduque. Certes, il est aussi des rêves qui réalisent de toute évidence des voeux ou des appréhensions. Mais que ne pourrait-on y trouver en outre! Les rêves peuvent être faits de vérités inéluctables, de sentences philosophiques, d'illusions, de fantaisies désordonnées, de souvenirs, de projets, d'anticipations, voire de visions télépathiques, d'expériences intimes irrationnelles, et de je ne sais quoi encore."

Pour les seconds, fort heureusement, il en est tout autre: l’exploration, la connaissance et la reconnaissance de l’inconscient en eux leur ont fait découvrir avec stupeur ou enchantement, parfois terreur, ce monde irrationnel, secret et infini qui git au-delà de ce que nous croyons être, et qui esquisse une personnalité complète, avec ses multiples facettes, ses défauts et qualités, forces et faiblesses, ombres et lumières, et en dernier ressort sa destinée et le sens de sa vie.

Car,

"En chacun de nous existe un autre être que nous ne connaissons pas. Il nous parle à travers le rêve et nous fait savoir qu'il nous voit bien différent de ce que nous croyons être. Donc, quand nous nous trouvons dans une situation difficile et insoluble, cet autre, étranger, peut parfois nous éclairer d'une lumière plus propre que toute autre à modifier l'attitude qui nous a mis dans la situation difficile." 

"Même quand tout un monde se disloque, jamais cette liaison universelle de l'âme obscure ne peut se briser et plus s'élargissent et se multiplient les failles de la surface, plus grandit dans la profondeur la force de l'unité."

 

Personnage rêvant de couple

 

L’accent est mis sur la vertu salvatrice et curative de l’inconscient et de ses messages oniriques. À condition d’avoir le courage d’entamer le voyage périlleux, laborieux, douloureux en nous-même, vers les abysses de notre âme. Un voyage qui équivaut à entrer dans une forêt profonde et obscure dont nous ignorons les limites, les imprévus, les dangers et les menaces qui éveillent néanmoins nos peurs et nos angoisses les plus vives, les plus insupportables, les plus sombres aussi.

 

Enfant au pied d'un arbre ancestral

 

En effet, qui déciderait de bon coeur d’entamer un tel périple dans le monde inconnu qui nous habite? Et d’affronter les vicissitudes, les incertitudes, les terreurs d’Ulysse dans son odyssée vers sa patrie - vers lui-même? Tout en découvrant - paradoxalement - son ineffable richesse et sa faculté de nous guider et nous mener à bon port.

Et pourtant, de nombreux l’ont fait, à commencer par Jung lui-même.

Comme Dante, c’est en voyageant, accompagné de son guide Virgile et de son initiatrice-muse Béatrice, qu’il a, pas à pas, exploré les méandres, les abîmes, les grottes aux contours incertains, les labyrinthes inextricables, les abîmes les plus vertigineux… rencontré les figures lumineuses ou obscures susceptibles de le mener plus loin encore… et en est revenu riche d’une moisson abondante et illimitée d’expériences, de découvertes, de connaissances et de créations: celle qui lui a permis d’élaborer l’oeuvre de sa vie, à l’instar du grand oeuvre des alchimistes qui ont, avant tout, exploré et expérimenté dans leurs cornues, leur âme, au-delà des métaux qu’ils y mêlaient pour opérer la transformation du plomb en or - les métaux n’étant que les hameçons lancés dans l’eau primordiale pour y appâter le poisson d’or. L’or, l’essence de l’âme éternelle.

 

Femme seule sur barque

 

C’est là, pour Jung, le devoir et la responsabilité de tout véritable analyste: accompagner son patient sur ce chemin ardu et étroit où l'on rencontre ses rêves et l'on tente de les comprendre et les accepter en les intégrant à sa vie.

"Où devons-nous conduire notre patient pour lui donner au moins la lueur d'un pressentiment que nous pourrons contrebalancer la banalité de son monde trop connu? Nous devons le mener, parfois par de longs détours, à un endroit de son âme, lieu obscur, de peu d'apparence, sans relief, sans intérêt, sur une voie depuis longtemps dépassée, vers une illusion reconnue depuis longtemps, dont tout le monde sait qu'elle n'est pas autre chose que... Cette place, c'est le rêve, cette forme grotesque de la nuit qui plane, passagère, et la voie s'appelle: la compréhension des rêves."

 

Porte de la nature

 

La compréhension des rêves est donc d’une importance fondamentale lors d’une analyse, car elle fournit et extirpe de nos profondeurs des matériaux précieux pour la connaissance, l’assimilation et l’intégration de notre être dans sa complétude ou totalité. La découverte ou redécouverte de cet être complet - ou le plus complet possible, appelé "SOI" par Jung - étant l’achèvement de ce chemin ou voyage initiatique.

"S'occuper des rêves est une sorte de réflexion sur soi-même. Mais dans ce cas, la conscience du moi ne réfléchit pas sur elle-même, elle s'occupe de la donnée objective du rêve comme s'il s'agissait d'une communication ou d'un message de l'âme humaine inconsciente et unique. On réfléchit au Soi, on ne réfléchit pas au moi, on réfléchit sur ce Soi étranger qui nous est originellement propre, qui est notre souche, d'où naquit un jour le moi et qui nous est étranger parce que nous l'avons perdu par suite des errements de la conscience.

Le rêve n'est autre qu'une idée spontanée de l'âme obscure qui relie tout."

Cette "âme obscure qui relie tout" n’est autre que l’inconscient, infini, éternel, matrice de notre conscience ou moi, réceptacle d’un "savoir absolu" selon Jung, un savoir illimité, objectif et impartial qui nous détermine et nous mène, souvent à notre insu ou contre notre gré, vers nous-même et la réalisation de notre destin.

 

Spirale cosmique

 

"Le rêve, extériorisation d'un processus psychique inconscient, involontaire, soustrait à l'influence consciente, représente la vérité, la réalité intérieure telle qu'elle est; non pas telle que je la suppose ou que je la désire, mais bien telle qu'elle est."

Devant l’ampleur d’une telle tâche, qui consiste à se voir et s'accepter tel que l'on est et non tel que l'on souhaiterait être, on ne s’étonnera pas de notre "répugnance" à nous confronter à nos profondeurs et à leurs contenus. De notre refus, notre rejet, notre déni de l’inconscient. De notre peur de voir en face qui nous sommes vraiment: immense peur de nous-même… Ou encore ce que Jung appelle "la prétention spirituelle de la conscience"?

"La prétention spirituelle de la conscience aime l'isolement, la séparation malgré toutes les incompatibilités, et c'est pourquoi on répugne à reconnaître que la vérité onirique peut être réelle. Il peut arriver que des saints aient des rêves sauvages ou crapuleux. Que deviendrait leur sainteté qui les élève si haut par delà la plèbe, si le mystère du rêve devenait réalité vraie. Or ce sont précisément les rêves les plus désagréables qui nous rapprocheraient le mieux de l'humanité consanguine et modéreraient le mieux l'orgueil des êtres qui ne se veulent pas soumis à leurs instincts."

Pourquoi cette résistance à ces messages que nous livre directement notre voix intérieure, cette voix qui nous parle depuis l’aube de l’humanité et que nous refusons encore et toujours d’écouter, à notre époque particulièrement, en comparaison des sociétés antiques et primitives qui lui accordaient spontanément et naturellement foi et confiance?

"Les rêves sont des produits de l'âme inconsciente; ils sont spontanés, sans parti-pris, soustraits à l'arbitraire de la conscience. Ils sont pure nature et, par suite, d'une vérité naturelle et sans fard. C'est pourquoi ils jouissent d'un privilège sans égal pour nous restituer une attitude conforme à la nature fondamentale de l'homme, si notre conscience s'est éloignée de ses assises et s'est embourbée dans quelque ornière ou quelque impossibilité."

Peut-être en raison de la nature même du rêve, lequel n’obéit pas aux règles que notre conscience a l’habitude de contrôler et de maîtriser. Hors de notre espace-temps réel, il est indépendant de notre volonté. Celle-ci ne peut agir sur lui. Ses contenus sont autonomes et agissent en toute liberté sur nous, ne provoquant que défiance et inquiétude en nous.

"Ils ne se soumettent pas à notre bon plaisir mais obéissent à leurs propres lois. Ils représentent manifestement des complexes psychiques autonomes, qui se forment d'eux-mêmes. Nous n'avons pas conscience de la source d'où ils proviennent."

"Quoique le rêve contribue au gouvernement de l'individu par lui-même en rassemblant presque automatiquement tout ce qui a été refoulé, négligé, ignoré, sa portée compensatrice n'en est pas moins souvent confuse pour nous, qui ne disposons que de connaissances très imparfaites sur la nature et les besoins de l'âme humaine."

Si le rêve est vrai, juste, fiable, qu’advient-il de notre conscience qui lui est si contraire? De notre moi, de notre volonté? Cela nous ramène à ce doute inquiétant vis-à-vis de notre intériorité, de ce monde inconnu qui réside en nous, de nos profondeurs: l'inconscient. Un doute qui obscurcit notre conscience et fausse notre vision de nous-même et du monde.

Et pourtant, le rêve existe, est un fait avéré. S’il n’avait pas de sens, il ne se manifesterait pas. Car tout ce qui se manifeste en nous a un sens. De même qu’a un sens tout symptôme ou maladie physique. Pourquoi les faits psychiques, même sous leur forme la plus symbolique, fantaisiste, irréelle, n’auraient-ils pas également un sens, qu’il serait utile, voire nécessaire, de décrypter et de comprendre? Un sens qui pourrait enrichir notre vision de nous-même et du monde.

Un sens susceptible de compenser les insuffisances de notre conscience, susceptible d'être une voie royale vers la libération et la guérison...

"Quoique le rêve contribue au gouvernement de l'individu par lui-même en rassemblant presque automatiquement tout ce qui a été refoulé, négligé, ignoré, sa portée compensatrice n'en est pas moins souvent confuse pour nous, qui ne disposons que de connaissances très imparfaites sur la nature et les besoins de l'âme humaine."

"En réalité règne entre le conscient et le rêve une stricte causalité et un enchevêtrement de relations d'une extrême finesse. Les rapports entre le conscient et l'inconscient sont de nature compensatoire: ceci constitue l'une des règles techniques les mieux vérifiées de l'analyse onirique. Il y a toujours profit, dans l'analyse, à se poser la question: Quelle est l'attitude consciente que le rêve tend à compenser?"

"Car il existe des compensations psychiques fort lointaines. Rappelons-nous que l'homme dans ce cas, dans une certaine mesure, est un représentant de l'humanité tout entière et de son histoire. Ce qui fut possible en grand dans l'histoire de l'humanité peut se présenter à l'échelle de l'individu. Celui-ci, dans certaines circonstances, éprouve les besoins qui tenaillèrent l'humanité. Il n'y a donc pas lieu d'être surpris si les compensations religieuses jouent un grand rôle dans les rêves."

"Cette compensation représente une auto-régulation fort appréciée. La fonction prospective, au contraire, se présente sous la forme d'une anticipation, surgissant dans l'inconscient, de l'activité consciente future; elle évoque une ébauche préparatoire, une esquisse à grandes lignes, un projet de plan exécutoire."

 

Femme ailée endormie dans neige

 

Compensation et "auto-régulation" psychique, source d’équilibre, d’unité, de connaissances, le rêve, tel une sirène d’alarme, nous avertit de la présence en nous d’affects, d’humeurs, de troubles et d'événements qui agissent sur nous et le monde extérieur, et dont il nous faudrait tenir compte et devenir conscients.

"De même que le corps réagit de façon adéquate à une blessure, à une infection ou à un mode de vie anormal, de même les fonctions psychiques réagissent à des troubles perturbateurs et dangereux par des moyens de défense appropriés. Le songe fait partie, à mon avis, de ces réactions opportunes, en introduisant dans la conscience, grâce à un assemblage symbolique, les matériaux constellés dans l'inconscient par les données de la situation consciente."

D’où cette entreprise périlleuse et fastidieuse qu’est l’analyse des rêves selon Jung.

Toute sa vie, lui-même a médité sur ses rêves et en a tenu compte; il les a intégrés à sa vie réelle extérieure; il leur a accordé le respect et la considération qu’ils méritent - tels des dieux qui peuvent nous aider ou nous détruire en fonction de notre attitude à leur égard. Une attention exigeante et clairvoyante car, ne l’oublions pas, les rêves reflètent notre "vie" et notre "destinée" et ne nous disent sur elles que la stricte vérité.

C’est pourquoi l’analyse des rêves pose à l’analyste de multiples problèmes: il doit s’y engager avec gravité, sérieux et objectivité. De toutes ses forces, avec toutes ses facultés. Sans partialité, sans préjugé, sans illusion, sans volonté de pouvoir, il doit "être à la hauteur".

"Le problème particulier de l'analyse onirique se pose ou ne se pose pas selon que l'on postule ou que l'on récuse l'inconscient. (...) Quiconque veut interpréter un rêve doit posséder une envergure personnelle comparable à celle du rêve, car, et c'est absolu, on ne reconnaît jamais en quoi que ce soit plus que ce que l'on est soi-même. (...) L'art de l'interprétation des rêves ne s'apprend pas dans les livres; les méthodes et les règles ne sont bonnes que pour ceux qui sont capables de s'en passer. Seul dispose de la faculté réelle celui qui a la grâce du savoir et de la compréhension vivante, seul celui qui, compréhensif, en a le don gratuit."

"Il ne faut jamais oublier que l'on rêve en première ligne et à peu près exclusivement, de soi et à travers soi-même. (...) le rêve est le théâtre où le rêveur est à la fois l'acteur, la scène, le souffleur, le régisseur, l'auteur, le public et le critique."

"Il est impossible d'interpréter un rêve, même à une grossière approximation près si l'on est dans l'ignorance de la situation consciente [du rêveur]. (...) Car le rêve n'est pas un événement isolé, totalement scindé de la vie et de ses caractères."

"De même, pour pénétrer son symbolisme, il est tout aussi important de prendre en considération les convictions philosophiques, religieuses et morales du sujet conscient. On ne saurait trop recommander de ne pas considérer le symbolisme du rêve, dans la pratique, de façon sémiotique, c'est-à-dire de ne pas voir dans les symboles des signes ou des symptômes à signification et à caractères fixes: les symboles du rêve - véritables symboles - sont les expressions de contenus que le conscient n'a encore ni appréhendés, ni enserrés dans la formule de quelque concept; en outre, ils doivent être considérés sous l'angle de leur relativité, en fonction de la situation consciente momentanée."

En effet, le rêve n'est pas seulement un vague reflet de notre vie consciente et réelle: il en est un MIROIR fidèle et fiable. Miroir à la fois de notre âme personnelle et de notre âme collective.

 

Rivière d'or

 

 

JUNG ET LE RÊVE  

 

"Je prends le rêve pour ce qu'il est. (...) Le rêve est un événement naturel et il n'y a pas de raison discernable pour supposer qu'il soit une invention rusée en vue de nous berner. (...) Rien ne nous permet d'accuser le rêve, en quelque sorte, d'une manoeuvre intentionnelle de tromperie. La nature, il est vrai, est souvent obscure et impénétrable, mais elle n'a pas ce caractère d'astuce mensongère qui est le fait de l'homme. C'est pourquoi il faut partir de l'idée que le rêve est précisément ce qu'il doit être, rien de plus rien de moins. Lorsqu'il décrit l'un de ses éléments sous un jour négatif, rien ne nous permet de supposer qu'il veuille au contraire mettre en avant son aspect positif, et ainsi de suite."

 

Lanterne accrochée à arbre de bois bleu

 

"Je n'interprète jamais un rêve isolément. En règle générale, un rêve appartient à une série. De même que dans le conscient, il existe une continuité - abstraction faite qu'elle est régulièrement interrompue par le sommeil - de même il existe apparemment une continuité dans la suite des processus inconscients. (...)

Chaque interprétation est une hypothèse, une tentative de déchiffrer un texte inconnu. Il est rare qu'un rêve obscur et isolé soit interprétable avec quelque certitude. C'est pourquoi j'attribue peu de poids à l'interprétation d'un seul rêve. L'interprétation n'atteint à une assurance relative qu'au cours d'une série de rêves, les rêves ultérieurs redressant les erreurs qui ont pu se glisser lors de l'interprétation des rêves précédents."

"Quiconque veut éviter la suggestion consciente doit considérer que l'interprétation d'un rêve est sans valeur tant qu'elle n'a pas acquis l'assentiment du patient. Au fond, il importe très peu que le médecin comprenne; tout dépend de ce que le malade comprend. La compréhension devrait donc être plutôt un accord, fruit d'une réflexion faite en commun. (...) Il ne faut pas instruire le malade d'une vérité, - ce serait s'adresser uniquement à sa tête - il vaut mieux qu'il parvienne à cette vérité. Ainsi on atteint son coeur et on agit plus profondément et plus énergiquement."

 

 

Arbre au chapeau surréel

"Je ne me prévaux d'aucune théorie des rêves; j'ignore leur provenance. Je ne suis pas le moins du monde assuré que ma façon de manipuler les rêves mérite le nom de méthode." 

"Mais d'un autre côté, je sais que lorsqu'on médite un rêve assez longtemps, allant au fond, lorsqu'on le conserve par devers soi, l'examinant de temps en temps sous ses différents aspects, il s'en exprime en général, toujours, un intérêt certain. Ce que nous en recueillons n'est naturellement pas un résultat scientifique duquel on pourrait retirer quelque gloriole ou que l'on pourrait rationaliser, mais c'est un avertissement d'importance pratique qui indique au patient l'orientation de son cheminement inconscient." 

 

 

"Que m'importe que le résultat de la méditation sur le thème onirique soit soutenable scientifiquement et logiquement inattaquable! Rechercher cet achèvement logique, ne serait-ce pas poursuivre un but secondaire auto-érotique? Je dois être pleinement satisfait que cela parle au malade et donne de la pente au courant de la vie. (...) 

Il est d'ailleurs bon que cette méthode fasse défaut; car, si elle existait, elle porterait préjudice au sens du rêve; limité avant la lettre, il perdrait précisément cette vertu, cette aptitude à révéler un point de vue nouveau, ce qui le rend si précieux en psychologie."

 

"Plus encore que dans notre conscience, c'est dans le rêve que se révèle l'essence de la psyché telle qu'elle s'est construite dans son développement historique. Dans le rêve s'expriment ses images et instincts provenant de la nature la plus primitive. Grâce à l'assimilation de contenus inconscients, nous ajustons la vie consciente du moment - qui a trop tendance à s'écarter de la nature - en fonction de celle-ci et nous amenons à nouveau notre patient à sa légalité naturelle."

 

Arbre rouge flamboyant

 

 

Date de dernière mise à jour : 11/12/2019