Ecriture, réécriture, imaginaire, créativité, contes, mythes, symboles, archétypes, initiatique, psychologique, philosophique, CG Jung

Quelques extraits de livres de Patricia

 

"PROMÉTHÉE OU L'ÉLIXIR DE FEU" : réécriture libre du mythe de Prométhée

 

- PRÉSENTATION -

"Prométhée ou l'élixir de feu" est une réécriture libre et moderne du mythe de Prométhée, avec ses figures principales : PROMÉTHÉE, ÉPIMÉTHÉE, PANDORE. Pour les besoins du récit, ont été rajoutés CASSANDRE, elle aussi rejetée et maudite dans la mythologie grecque, ainsi que PHILÉMON et BAUCIS, un merveilleux vieux couple immortalisé par les dieux pour leur hospitalité.

► Que serait, dans notre monde moderne, Prométhée, "Le Prévoyant"? Le premier héros civilisateur grec, cruellement puni par les dieux pour leur avoir dérobé le "feu du ciel" en faveur des humains et de leur progrès. Et Épiméthée, son frère jumeau, mais son opposé en tout? 

► Que serait Pandore, "Le don de tout"? La première femme grecque, qui a transgressé l’interdit divin en ouvrant la boîte renfermant tous les maux de l’humanité, dissimulant tout au fond un brin d’espoir. 

► Que serait Cassandre, la prophétesse clairvoyante, dépouillée injustement de ses facultés par le dieu Apollon dont elle a refusé les avances? 

► Et Philémon et Baucis? Ce vieux couple, que les dieux ont récompensé pour leur hospitalité et leur humanité en leur accordant l’immortalité sous la forme de deux arbres croissant indéfiniment.

Abondant en coups de théâtre, révélations et clés ouvrant sur les archétypes, ce livre les fait revivre dans le monde actuel, parmi d’autres personnages, au cœur d’une intrigue captivante, sur fond de réflexion sur notre civilisation et ses dérives, et le rêve enraciné d’un féminin salvateur et d’une renaissance de l’humanité.

Lecture originale du mythe de Prométhée, étayée par une réflexion acérée sur le monde actuel, qui croise subtilement des personnalités fascinantes de la mythologie grecque, rendues extraordinairement vivantes, et notre société d’aujourd’hui, plongeant dans l’abîme mais suscitant encore de l’espérance. Notamment celle d’un salut par les femmes et le féminin.

Prométhée ou l'élixir de feu

La première version est disponible sur Amazon : http://www.amazon.fr/dp/2955531200

N.B.: Une seconde version, plus achevée, est actuellement en lecture chez les éditeurs.

 

- EXTRAIT DE LA SECONDE VERSION - 

PANDORE

​"Le lieu favori de Pandore était celui où elle avait découvert les plantes de son coffret. Il se trouvait de l’autre côté de l’île, par- delà les collines. Là où se cachait un petit site antique, avec quelques vestiges d’un temple. Le temple avait été construit il y a très longtemps. Des milliers d’années. Il n’était pas connu. Attirait peu de visiteurs. Désert la plupart du temps. C’était un espace idéal pour Pandore. Et elle en avait fait son lieu d’élection.

Le site occupait une clairière bordée d’oliviers. En plein sud, deux colonnes semblaient monter la garde. Entre elles, une pierre plate pouvait servir de siège. Au milieu de la clairière, une sorte de table, brisée au centre, ressemblait à un large entonnoir. Sans doute l’autel du temple.

C’était tout ce qui restait du temple d’une déesse. Déesse de la nature. Déesse de la terre. Déesse de l’amour aussi. Celle à qui les femmes de ces époques lointaines pouvaient parler. Avec laquelle elles partageaient leur intimité, leur pudeur, leur secret. Ce secret que chaque femme emporte avec elle sur sa route, comme un pauvre baluchon. Un amour perdu, ou saccagé, ou impossible. Un manque. Un abandon. Une mort. Le secret d’une blessure, d’une honte, d’une humiliation. Chaque femme en porte un dans les entrailles de son cœur. Souvent, la plaie continue de saigner, même cicatrisée. Car la femme n’a jamais pu dire son secret. Le partager. Ou l’abandonner au bord de sa route.

Pandore enviait les femmes de ces époques qui avaient une déesse à qui révéler leur secret. Une déesse avec qui communier. Une déesse à prier, à implorer, quand tout allait mal. Quand s’abattaient les foudres du ciel. Quand les hommes se déchiraient, et les enfants mouraient de faim. Quand la terre était souillée de sang. Quand les femmes étaient humiliées. Que leur âme se désintégrait, ses cendres dispersées au vent. Alors, il leur restait la déesse qui pouvait tout entendre. Redonner espoir. L’espoir d’une autre vie, ou d’une âme épurée.

Elle avait entendu dire qu’une femme oracle se tenait devant l’autel. Pandore l’imaginait, assise sur un siège de pierre. Vêtue de voiles limpides. En transe. Haletante. Répondant d’une voix sourde aux visiteurs dont le cortège s’allongeait jusqu’à l’extérieur. Elle aimait imaginer ses ancêtres formant une ronde autour du temple. Dans l’attente de la révélation de la femme oracle.

C’était pour cela que cet espace l’attirait. Petit. Intime. Protégé par les arbres. Résonnant de l’intensité des cigales. C’était un lieu pour les femmes. Femmes blessées. Femmes seules. Ou femmes libres. Dans ce lieu, Pandore trouvait tout ce qui lui manquait. Elle inspirait le parfum de l’air avec vitalité. Le moindre détail l’effleurait comme une confidence. La moindre fissure, ligne ou spirale gravée dans la pierre captivait ses yeux. Tout invitait à la contemplation. Était harmonie.

Le temps finissait par s’effacer. Alors, un charme affleurait. Comme un chant qui pénétrait les oreilles. Un chant subtil qu’elle n’avait jamais entendu. Bien plus doux que celui des cigales. Plus doux encore que le vent dans les arbres. Plus ténu que l’air. Le charme opérait en elle une mue. Elle laissait faire. Le laissait agir. Avec une émotion presque sacrée. En préservant son mystère.

Encore sous l’effet de ce charme, Pandore se relevait. Jetait un dernier regard à l’espace du temple. Puis s’éloignait. De retour au village, elle avait tout oublié. Mais restait pleine de tout. De ce charme qui l’avait imprégnée en douceur. Qui l’avait ravie avec la légèreté d’une brise. Réconciliée avec elle-même."

Pandore ouvrant la boîte

 

 

"RECUEIL DE CONTES ET DE RÊVERIES ": recueil illustré de contes et de nouvelles fantastiques

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Recueil de Contes et Rêveries

 

- EXTRAIT - 

RÊVERIE AFRICAINE - RENCONTRE DU JOUR ET DE LA NUIT 

"Un soir que je me rappelais avec nostalgie ces interminables pistes de sable africaines, qui sont des ouvertures sur l’infini, je ne pus m’empêcher de me questionner sur ce qu’était la piste blanche? Un chemin vers l’infini, un chemin vers l’absolu, vers Dieu? Et pourtant je ne croyais pas en dieu, peut-être au dieu intérieur, mais qu’en était-il d’un dieu extérieur que personne n’a jamais vu?

Ai-je jamais vraiment contemplé le ciel? L’ai-je jamais considéré comme autre chose qu’un arrière-plan démesuré où filent planètes, étoiles, nuages, éclairs... aussi vite disparus qu’apparus? Dans un mouvement perpétuel oû tout naît, vit et meurt, courant à je ne sais quelle source inconnue.

Et pourtant, me dis-je, "l’infini existe..." L’infini existe partout, il doit donc exister en Afrique.

Je me souviens: c’était un soir, par un de ces crépuscules africains inouïs et grandioses qui nous prennent de plein fouet, et que Dame Nature nous donne en spectacle en se parant de ses plus belles couleurs. Ses plus opposées aussi.

Je marchais sur une piste de sable blanche et ondulante à travers le "bush", qui menait je ne sais où. Dans un silence total. J’avais l’impression de marcher sur une voie nouvelle, mais ancienne également, cette voie ancestrale que l’on évoque dans les livres sacrés, la voie vers cet âge d’or oublié depuis si longtemps, nié, désacralisé.

Le paradis était là, à portée de ma main. Je marchais en inspirant l’air pur, sans penser à rien, seule au monde. Pleine de cet univers mystérieux et intemporel.

Je marchais sur cette piste blanche et, comme toujours en Afrique du sud, le soleil s’enfonçait à l’horizon avec une rapidité stupéfiante. Je marchais d’un pas régulier, sans me hâter, sans rien attendre, sans rien espérer, sans rien demander.

J’allais, emplissant mes poumons avec délice de l’air intact de toute activité humaine, observant à ma droite la boule écarlate du soleil recouvrir toute chose d’un halo enflammé, et à ma gauche, le ciel encore bleu et clair.

Mon regard passait d’un côté à l’autre, déconcerté par ce contraste inquiétant entre l’obscurité rougeoyante et la sérénité bleue apaisante. Au milieu, la piste poudreuse qui semblait ne mener nulle part.

L’instant était si émouvant, si empreint de gravité, qu’un chant monta alors en moi. Un hymne à cette beauté et cette vérité dont les sons retentirent dans le silence.

Je le chantai tout en continuant de marcher. Je ne sais quelles paroles furent ainsi inscrites en moi, je ne m’en souviens plus, mais ce furent des paroles de grâce, de plénitude, de gratitude. Elles jaillissaient de moi avec ivresse, à cet instant unique où la nature crépusculaire meurt à la lumière et s’unit à elle dans une inexorable rencontre.

Comme j'achevais de célébrer cet hymne, je décidai de rebrousser chemin.

C’est à ce instant que se manifesta le mystère que je ne m’explique pas encore à ce jour.

En revenant sur mes pas, je “vis”, oui je “vis” l’ombre de la nuit me poursuivre et recouvrir toutes choses d’un halo vaporeux, répondant à la lumière dans un ultime dialogue.

Alors que je me hâtais de rentrer, je voyais cet immense voile me talonner, et s’emparer de la nature avec tant de démesure que la crainte m’envahit.

Qu’étais-je en train de vivre? J’avais vu la lumière décliner, s’embraser, je m’étais sentie exaltée au point de laisser un chant naître en moi. Et puis, soudain, je voyais l’obscurité étreindre le monde de sa puissance écrasante.

Cela fut si intense qu’en en éclair, j’eus la sensation de percevoir simultanément le paradis et l’enfer. Les deux faces du miroir de l’univers, la lumière altérée par l’ombre, et pourtant l’une et l’autre à jamais et indissolublement soeurs.

J’aimerais dire à ceux qui n’ont jamais marché sur une piste blanche en Afrique:

"Soyez assez téméraires pour aller à la rencontre de l’ombre, et vous découvrirez la lumière, car l’ombre est ce qui reflète la lumière dans le miroir de la vie. Et si vous n’osez la regarder, jamais la lumière ne vous comblera.

Soyez courageux face au réel, car rien n’est aussi beau, aussi essentiel, aussi immuable que la réalité. Soyez confiant en cette réalité. Elle est là, de tous temps, et vous attend pour se manifester sous votre regard enchanté.

Car le réel est, tout simplement. Il est sans intermédiaire, sans interférence, sans pensée, sans attribut.

Il est éternel, mystérieux, ineffable, sacré, comme cette piste blanche sur laquelle je me suis retrouvée un jour en Afrique, oubliant où j’étais, qui j’étais, reliée à l’univers qui m’entourait et à l'Être qui m’en a laissé entrevoir, durant une seconde, l’infini."

 

Arbres sombres dans crépuscule

 

 

 "LA VIEILLE BRANCHE ET L'OISEAU": conte philosophique initiatique 

Vieille branche et Oiseau

- EXTRAIT -

(cliquez pour lire le texte complet)

"Il était une fois une vieille branche qui depuis bien longtemps ne donnait plus ni fleurs, ni feuilles, ni fruits. Mais on ne l’avait pas coupée pour ne pas perturber l’équilibre de l’arbre qui la portait. C’était une très belle branche. Elle avait une forme remarquable, semblable à un bras humain qui s’élève vers le ciel en guise d’offrande, s’abaissant d’abord vers la terre, puis dans une courbe élégante, remontant vers la cime et se perdant dans le feuillage touffu de l’arbre. Chaque printemps, nombre d’oiseaux venaient nicher dans le vieil arbre. Oiseaux et branches faisaient bon ménage. Les oiseaux s’ébattaient librement sur les branches où ils se réfugiaient la nuit et construisaient leurs nids, et les branches étaient heureuses d’accueillir ces charmantes créatures venues du ciel pour leur bonheur et leur bienfait. Les oiseaux les débarrassaient de toutes sortes de méchants parasites, et en plus les protégeaient de la mélancolie, cette maladie de l’âme que les vieilles branches connaissent bien. En effet, les oiseaux chantaient, sifflaient et rapportaient de leurs voyages lointains de palpitantes histoires empreintes de magie et d’enchantement, et les branches écoutaient avec ravissement et ferveur, car elles ignoraient tout du vaste monde.

Toutes sauf une, et c’était la vieille branche. Celle-ci se sentait en effet de plus en plus vieille, et cette vie qui s’épanouissait autour d’elle lui faisait l’effet d’une effervescence stérile, d’une vaine excitation qui l’effleuraient à peine. Elle se plaignait d’un ton revêche de tout ce vacarme, elle aurait bien voulu oublier que la vie l’avait désertée et qu’elle ne ressentait plus ses manifestations. Aussi, les oiseaux ne se posaient-ils que rarement sur elle, malgré le confort de sa courbe, rebutés par sa sécheresse de cœur et sa froideur. D’ailleurs, la réputation de la vieille branche était établie une fois pour toutes, et lorsqu’un malheureux ignorant venait y nicher par négligence, elle tremblait de toutes ses forces pour le jeter à terre. Nul ne chantait donc pour elle, ni ne lui racontait d’histoires, et la vieille branche s’en portait très bien – c’est du moins ce que son orgueil et sa suffisance lui faisaient dire. «Je suis très bien ainsi, répétait-elle chaque printemps, lorsque les autres branches s’apprêtaient à renaître et accueillir leurs petits amis les oiseaux. Je n’ai pas besoin de ces simagrées. Cela ne rime à rien de se lier avec ces sottes créatures qui vous quitteront sitôt l’hiver venu. Je reste fidèle à moi-même et à l’arbre qui me porte depuis toujours. Je ne jette pas mes regards ailleurs ni n’ai de désirs d’autres mondes que je ne verrai d’ailleurs jamais. Quel manque de conséquence que de se laisser aller à ses élans irrationnels, de se gargariser d’histoires invraisemblables! Heureusement que je n’ai plus de fleurs et que ces stupides et aliénantes rêveries d’amour m’ont quittée depuis longtemps !» N’oublions pas que lorsque les branches des arbres sont amoureuses, plus elles le sont inten- sément, plus elles se couvrent de fleurs, car c’est ainsi qu’elles font l’amour avec l’univers qui les entoure et les constitue. Et cette atmosphère amoureuse a un pouvoir d’attraction irrésistible sur les oiseaux qui sont eux aussi des créatures d’amour.

La vieille branche se contentait de contempler tout cela avec un regard dédaigneux, mais non dénué d’amertume: la vie, la liberté, l’amour qui donne des ailes, la poésie, les chants, les aventures merveilleuses, c’était bon pour les enfants. Elle, elle n’était pas un de ces étourneaux qui subissent leurs instincts. Au contraire, elle se devait de garder sa dignité, car elle avait une fonction importante, irréductible, elle était en quelque sorte la clef de voûte de l’arbre, et c’est pour cette raison qu’on ne la coupait pas, en dépit de sa stérilité, car sans elle l’arbre ne survivrait pas. On pouvait compter sur elle, elle avait toujours fait son devoir de vieille branche solide et fiable, et même, elle s’était sacrifiée – mais oui, sacrifiée ! – car en réalité, si elle avait continué de donner des fleurs et des fruits, peut-être que l’arbre n’aurait pas survécu à tant de vitalité. C’est ainsi qu’elle se trouvait de bonnes raisons de ne pas participer à la liesse générale.

Jusqu’au jour où surgit de nulle part un oiseau que personne ne connaissait ni n’avait jamais vu aux environs. Il paraissait épuisé, affaibli, ses plumes étaient toutes trempées et ses petites pattes tremblaient de froid. C’était un soir d’automne. Comme il ne connaissait pas l’arbre, l’oiseau se posa, ou plutôt se laissa tomber, sur la vieille branche. Celle-ci se récria d’un ton de révolte..."

Le coeur de la vieille branche

 

 

"LE ROYAUME ABOLI ": récit fantastique initiatique inspiré par les concepts de CG Jung

- RÉSUMÉ -

Un royaume sinistre et déshumanisé, perdu au cœur du désert. Gouverné par un roitelet si avide de toute-puissance qu’il s'est débarrassé de tous ceux qui ne lui ressemblaient pas et gênaient son pouvoir: créateurs, artistes, guides spirituels, consciences libres…

Un royaume devenu un repaire de militaires et d’humains asservis, où les valeurs humaines, éthiques et spirituelles ont disparu. Sans culture, sans art, sans créativité. Un royaume où tous les habitants sont au service du pragmatisme et du rationalisme.

À l’issue d’une longue errance dans le désert, une femme inconnue arrive dans la capitale de ce royaume. Elle y rencontre l’un des nombreux officiers au service du roi. Celui-ci lui offre son aide et l’hospitalité dans la demeure de sa famille. Et elle aussi finit par travailler dans le palais du tyran.

Elle porte avec elle, dissimulée dans ses affaires, un objet inaccoutumé : une flûte qui lui a été offerte par son ancien guide spirituel.

Grâce à cette flûte "un peu magique", elle parvient à entrer en contact avec des êtres mystérieux, dissimulés dans le désert.

Une catastrophe déchire alors le royaume. La rébellion contre le roi et sa tyrannie éclate. Le peuple est divisé, au bord de la guerre civile.

Accompagnée de l’officier, la femme part à la recherche de ces êtres mystérieux qu’elle a captés. Au terme de leur voyage dans le désert, les deux amis sont à la fois stupéfaits et ravis par ce qu’ils découvrent.

S'éveillant profondément à eux-mêmes et à leur relation lors d'une expérience intérieure, ils pourront alors sauver le royaume et unifier les deux univers qui s'étaient si tragiquement séparés l'un de l'autre.

Un récit initiatique tissé de péripéties et de découvertes inattendues, empreint de symboles et d’archétypes forts, où la quête de soi, l’éveil de la conscience et la résolution des conflits ont une place essentielle. Unité retrouvée d’un peuple divisé, union d’une femme et d’un homme, d’une mère et d’un père, du féminin et du masculin… Une alchimie fondamentale et salvatrice que seule, la conjonction des opposés peut accomplir.

- EXTRAIT - 

ATHIS ET LA DÉCOUVERTE DE SON OMBRE

"À son réveil, il ne savait pas s’il faisait jour ou nuit, ni quelle heure il était. Cela le perturba profondément. La rupture avec tout ce qui était rassurant, l’espace, le temps, le rythme invariable de la nature, éveilla en lui une violence incontrôlable. Il se leva, cria, tambourina des mains contre la paroi rocheuse, jusqu’à ce que le sang se mît à couler de ses doigts. Il passa un peu d’eau sur ses mains qui le faisaient terriblement souffrir. "Je dois absolument me maîtriser, se raisonna-t-il, sinon je vais me détruire, ce serait stupide, alors qu’aucun danger réel ne me guette." Mais sa raison s’évanouissait vite. Il se remettait alors à hurler et à se heurter furieusement aux murs.

Lorsqu’il fut éreinté, il s’effondra sur le tapis. Il tenta d’étirer ses doigts. Ils étaient moins douloureux, mais son dos et ses épaules étaient couverts d’ecchymoses. "Je deviens fou de rage. Si j’avais su, je n’aurais jamais suivi mon père. Et Ganède, que fait-elle en ce moment? Elle a peut-être besoin de moi." Quelque chose lui dit qu’elle était en sûreté et peut-être même plus forte que lui, bien qu’il eût toujours ressenti le besoin de la protéger. "Je suis chevaleresque, c’est pourquoi j’ai tant voulu la protéger, mais au fond, c’est elle qui me protège, sans le savoir. Il faudra que je le lui dise si je sors vivant d’ici, ce qui n’est pas certain."

Il doutait en effet de trouver un moyen de s’échapper. Il s’était blessé et se sentait totalement démuni. Il se mit à pleurer comme un enfant. "Je me sens misérable… Je comprends maintenant ce que Ganède me disait de sa souffrance, sa fragilité, son sentiment d’impuissance… Oui, je comprends. Mais que peut-on faire dans ce cas? Où puiser de l’énergie? En soi? Et si cela ne dépendait pas de nous? Faut-il se laisser aller, se laisser mourir, s’en remettre au ciel?"  Il ne cessait de se torturer avec les mêmes questions, sans trouver de réponse, ce qui accentuait sa peur.

Oui, il avait peur. Pour la première fois de sa vie, il ressentait l'épouvantable peur tapie au fond de lui comme une bête féroce aux aguets. Si encore il y avait quelque créature monstrueuse contre laquelle lutter, il aurait trouvé la force de lui tordre le cou. Mais les monstres n’étaient vivants que dans ses rêves.

À ce moment, il perçut un bruit étrange. Il semblait venir de loin tout en étant proche. Athis se dit qu’il devenait complètement fou. Le bruit provenait peut-être de son cœur qui battait si fort qu’il pouvait l’entendre dans le silence. Il éclaira les parois de la caverne avec la torche. Il n’y avait personne. Il se recoucha et tendit l’oreille. L’écho du bruit se répétait indéfiniment. On aurait dit des coups de marteau frappés sans relâche contre le roc.

Alors qu’il s’apprêtait à se boucher les oreilles pour ne plus rien entendre, il vit soudain une forme immense. Il était impossible de la définir. Humain, animal, monstre? Ou tout à la fois? En une seconde, il fut debout, malgré les douleurs et le sang qui continuait de couler de ses paumes. Il saisit le poignard de sa main droite, prit la torche dans sa main gauche et les brandit devant la forme. Celle-ci semblait mi-humaine, mi-animale, et son ombre s’étendait sur toutes les parois de la grotte.

" Alors, guerrier… retentit une voix sourde, car tu es bien un guerrier, n’est-ce pas?

– Non, je ne suis pas un guerrier, répondit Athis malgré sa frayeur. Et toi, qui es-tu?

– Ton ennemi de toujours, celui qui habite en toi et que tu as projeté sur les parois de cette caverne, celui que tu n’as jamais voulu voir, ni connaître, ni accepter. À présent, il va falloir m’affronter, mais sache que si tu me tues, tu meurs également. À toi de trouver la manière juste de le faire.

– Et si nous parlions? demanda Athis prudemment, laissant la raison l’emporter une fois de plus.

– Rien à faire! Avec moi, on ne parle pas, je suis une bête assoiffée de sang. Alors, que vas-tu faire?

– Je pourrais te tuer avec mon poignard.

– Ton poignard n’est d’aucune efficacité contre moi.

– Alors je pourrais essayer de mieux te distinguer avec ma torche.

– Sais-tu ce que tu es? Un lâche! Ce n’est pas pour rien qu’on t’appelle le "guerrier au cœur d’or", car tu n’es qu’un guerrier ramolli qui s’est toujours laissé dominer par ses idées toutes faites et ses peurs!

– Qu’est-ce que tu dis là! Attends, je vais te montrer ce dont je suis capable!"

Athis tenta de plonger son poignard dans la forme. En vain. Celle-ci éclata de rire et se moqua de lui, ce qui le rendit fou de rage. Il brandit alors la torche pour la brûler, mu par un instinct criminel. Mais rien n’y fit. Comme l’avait prévenu la forme, aucune arme ne pouvait avoir raison d’elle. Il se rassit, posa le poignard et la torche par terre et pressa son visage dans ses mains ensanglantées.

" Que fais-tu, tu dors? lui demanda le monstre.

– Non, je ne fais rien. Tue-moi, si tu veux. Tu vois, je suis désarmé et je ne peux rien contre toi.

– Alors, puisque tu viens de comprendre cela, tu pourrais au moins changer d’attitude.

– Je ne sais pas comment. Tue-moi, te dis-je, tu me rendras service.

– Encore ta lâcheté! Tu préfères mourir plutôt que changer, n’est-ce pas? Et tu crois que ton père n’est pas passé par les mêmes peurs et les mêmes supplices?

– Mon père n’est pas un lâche, lui. Il en est sorti vivant et a créé un monde remarquable.

– Peut-être, mais la plupart des humains sont lâches quand il s’agit d’affronter le pire, c’est-à-dire eux-mêmes. Peu ont le courage d’aller jusqu’au bout et beaucoup préfèrent rester morts toute leur vie plutôt que s’éveiller.

– S’éveiller?

– S’éveiller après avoir accepté de mourir! Il faut vraiment tout t’expliquer! Tu n’as donc rien compris?

– Non, tu as raison, je n’ai rien compris. Je n’ai pas compris que je portais en moi toutes ces choses horribles, comme la soif de meurtre. Tout à l’heure, j’avais envie de te tuer, quitte à me tuer moi-même ensuite.

– C’est cela le pire, se détruire soi-même. C’est ce que font tous ceux qui sont déjà à demi morts et n’ont pas su m’affronter.

– Je te hais, je te méprise! Comment peux-tu faire partie de moi? C’est impossible! Tu sais, je n’ai pas renoncé à l’idée de te tuer, simplement je ne sais pas comment. C’est à cela que je réfléchis depuis tout à l’heure.

– Je te l’ai déjà dit, tu ne trouveras aucun moyen de me tuer sans te tuer toi-même.

– Alors, je me tuerai moi-même. D’ailleurs, je n’ai pas la moindre chance de survivre ici, et si je ferme l’œil, tu en profiteras pour prendre le dessus.

– Tu as tout à fait raison. Tu n’es pas là pour te reposer et dormir. Tu es là pour t’éveiller.

– Laisse-moi tranquille avec ton éveil, tu te moques de moi! Tu vois bien que je suis totalement perdu. Fais de moi ce que tu veux, cela m’est bien égal.

– Encore! Décidément, tu es coriace! Tu refuses de trouver un moyen de t’entendre avec moi et tu préfères mourir en souffrant le martyr. Si jamais tu parvenais à me tuer ou si je décidais de te tuer, ce qui revient au même, tu mourrais dans d’épouvantables tortures, ce serait l’enfer pour toi et on retrouverait ton corps meurtri. As-tu pensé un seul instant à ton père, et à cette femme que tu aimes?

– Quelle femme? Je n’aime aucune femme, il n’y a pas de femme dans ma vie! rétorqua Athis qui n’avait pas envie de parler de Ganède avec ce monstre qui le tourmentait.

– Au contraire, tu n’as envie que de cela, lui répondit l’autre qui semblait lire dans ses pensées. Tu l’aimes comme un fou et tu es trop lâche – ou devrais-je dire trop chevaleresque et trop respectable? – pour te l’avouer et le lui dire. Tu n’as jamais aimé et te voilà livré à des sentiments qui te font peur. Pouah! Tu me dégoûtes et tu me fais honte, et j’ai envie de t’abandonner définitivement ici. Moi, au moins, je reconnais ce que j’éprouve, même le pire, je ne me mens pas."

Athis éclata en sanglots amers. C’était la troisième fois que cela lui arrivait depuis son arrivée dans le monde de son père. Il avait vu souvent Ganède pleurer, il l’avait réconfortée et consolée en parfait "guerrier au cœur d’or" qu’il croyait être. Mais lui ne se serait jamais laissé aller aux larmes, ce n’était pas digne d’un homme. Au fond, même s’il se conduisait en accord avec la belle image qu’il s’était forgée de lui, il ressentait un peu de mépris pour ces humeurs de femme vulnérable.

Voilà ce que dissimulaient sa générosité et sa noblesse. Le dédain, le sentiment de sa puissance, de son irréductibilité. Et dire qu’il s’était cru supérieur à Ganède! Au point de ne pas lui accorder de reconnaissance, de lui refuser ce dont elle avait tant besoin. C’était lui le monstre, pas l’autre, cette ombre qu’il distinguait de plus en plus nettement.

" Comment t’appelles-tu? lui demanda-t-il.

– Voilà qui est mieux! s’exclama le monstre qui avait perdu son aspect démesuré et rapetissé. Quel nom veux-tu me donner?

– Je t’appellerais volontiers le guerrier au cœur d’or.

– C’est un comble! s’écria le monstre qui était maintenant de la même taille qu’Athis. C’est moi qui suis toi? Mais toi, tu es qui?

– Je suis menteur, faux, lâche, incapable d’aimer et de donner à une femme ce dont elle a besoin pour devenir elle-même; je suis incapable d’être vrai et intègre. Toute ma vie, je me suis trompé moi-même. C’est pour cela que j’ai servi un roi déséquilibré, croyant qu’il était digne d’être servi: j’étais tout simplement semblable à lui.

– Pas tout à fait. N’en fais pas trop à présent, ne tombe pas dans l’excès inverse. Ton roi ne pourrait pas survivre à une telle expérience, il n’aurait jamais le courage de voir honnêtement sa misère et sa petitesse; or, c’est bien ce que tu es en train de faire. Non, je ne suis pas le guerrier au cœur d’or, je suis simplement ton compagnon, ami ou ennemi, à ta guise. C’est toi le maître, c’est toi qui décides, mais tu dois le faire en toute connaissance de cause, en sachant que je peux t’apporter mon aide ou au contraire te dresser contre toi-même et déclencher les pires conflits en toi. Je peux faire de toi un monstre ou un souverain. À toi de choisir.

– Comment?

– Il n’y a pas de méthode: il te faut écouter ton "cœur", qui n’est pas encore d’or et de lumière, mais de pierre, dur comme cette roche qui t’emprisonne. Si tu découvres le moyen de le transformer en or, tu seras libéré de toi, de moi et de cette dureté qui rend les humains cruels, violents et insensibles. Les hommes croient toujours qu’ils doivent être puissants, invincibles et parfaits, alors ils se forgent un cœur dur comme la pierre pour se protéger de la vie et des autres. Mais ils se leurrent car ce faisant, ils s’emmurent en eux-mêmes. C’est lorsqu’ils ont un cœur d’or qu’ils deviennent de vrais hommes, d’authentiques guerriers bien vivants, capables de se battre pour la justice, la vérité, la sagesse. Comprends-tu?

– Pas tout à fait, mais je sens que tu as raison. Veux-tu m’aider à avoir un cœur d’or?"

Soudain, la torche illumina la caverne comme si l’on eût été en plein jour et Athis vit clairement le monstre. Il était assis sur le tapis en face de lui, portait des vêtements semblables aux siens, et avait le même visage et les mêmes blessures aux mains que lui. Athis en fut si troublé qu’il le fixa longuement.

" Es-tu mon double, ou mon reflet? finit-il par lui demander.

– J’ai la même apparence que toi, parce que tu as réussi à m’apprivoiser. Ne sommes-nous pas superbes tous les deux?

– Et tu resteras toujours avec moi?

– Oui, fit l’autre en riant à gorge déployée. Mais rassure-toi, tu ne me verras pas. L’expérience que tu as vécue ici est exceptionnelle, tu as eu la chance prodigieuse de voir ton double, l’autre aspect de ta personnalité, et de lui parler. Mais tu ne me verras et ne m’entendras plus, sauf si tu retombes dans l’ignorance et le mépris de toi. Alors, je réapparaîtrai, d’une manière ou d’une autre. Mais rappelle-toi: je serai toujours proche de toi, ami ou ennemi, à ta guise.

– Je préférerais ami… murmura Athis, hébété.

– Bien. Tu as reconnu ce que tu es et ce que tu n’es pas. C’est le début de la conscience et de l’intégrité. Tu as encore des progrès à faire, mais tu es sur la bonne voie.

– Et que dois-je faire à présent?

– Te reposer!"."

Ombre étrange dans univers onirique-Peinture

 

 

"LES FOLLES FÉES DE GALIMATIE": conte satirique humoristique

FollesFéesdeGalimatie

- EXTRAIT -

(cliquez pour lire le texte complet)

"Dans le royaume de Galimatie, tout était sens dessus sens dessous! C’était le jour de la fête des fées; et tout le royaume assistait au fameux M.L.F., le Mystère Loufoque des Fées. Il y a très longtemps, un décret royal avait interdit aux fées de Galimatie le plein exercice de leurs pouvoirs. Aussi revivaient-elles ce jour-là le bon vieux temps où tout était permis, et où d'un coup de baguette magique, on pouvait transformer quelqu'un en crapaud ou en prince charmant!

En attendant le départ pour la fête, le roi Galimat 366ème, digne descendant d'une noble lignée encore jamais interrompue, tournait en rond dans sa chambre et fulminait :

" Dépêchez-vous, ma Mie! Hâtez-vous, mes filles!

- Calmez-vous, Messire, lui disait la reine Galimette, sa charmante épouse, rondelette et rubiconde comme une pomme mûre. Chaque année, c'est la même chose, vous vous mettez les nerfs en pelote pour rien! Le mage guérisseur du palais vous a pourtant conseillé d'éviter les émotions, si vous ne voulez point attraper la maladie d'infarctus!

- Quoi? s'écria le roi en se tournant vers Galimette dans un mouvement de rotation complet, ce qui eut pour effet de lui faire attraper un torticolis. Mais qu'est-ce que vous me chantez là, ma Mie? Un infarctus! C'est plutôt un torticolis que je vais choper si vous continuez sur ce ton! Et puis d'ailleurs, c'est déjà fait, gémit-il, raide comme un automate.

- Hélas... Messire... balbutia Galimette qui avait viré à l'écarlate et était confuse de ce qui arrivait au roi. Toutefois, pour ce qui est de l'infarctus, cela n’est que trop vrai hélas. Notre mage a consulté les astres hier. Il paraît que des siècles auparavant, les hommes mouraient tous de l'infarctus. C'est une maladie du cœur. Mais ces gens-là travaillaient à en perdre toute la sueur de leur corps, s'agitaient comme des marionnettes et étaient tristes parce que dans leur monde, il n'y avait pas de grande fête magique, comme notre M.L.F.

- Fi de ces calembredaines! répondit Galimat en riant. Mon cœur à moi se porte à merveille depuis que je vous ai rencontrée, ma Mie, ajouta-t-il avec courtoisie en la prenant par la taille, la tête toujours raide."

À ce moment, surgirent dans la pièce les trois princesses, Risette, Cacahouette et Pirouette, qui semblaient très agitées. L'aînée, Risette, était charmante avec ses grands yeux sombres, sa chevelure dorée et les fossettes qui lui mangeaient les joues lorsqu'elle riait. Cacahouette était un peu garçon manqué avec son visage allongé et maigre, ses cheveux coupés court et ses allures impertinentes. Mais il ne fallait surtout pas le lui faire remarquer! Quant à Pirouette, la cadette, elle était petite et ronde comme la reine, avec un délicieux petit minois.

" Maman! s'écria Risette en se plantant devant Galimette, est-il vrai que je vais épouser le prince Joyeux, du royaume de Billevesée?"

 

Fée sur arbre oiseaux bleus

 

 

Date de dernière mise à jour : 22/11/2019