CARL GUSTAV JUNG

RENCONTRE AVEC UN HOMME REMARQUABLE...

 

"Je ne souhaite pas que quiconque soit jungien. (...) Je veux par-dessus tout que les gens soient eux-mêmes (...) Devrait-on un jour découvrir que j'aurais seulement créé un nouvel "isme", j'aurais alors échoué à tout ce que je me suis efforcé de faire." (CG Jung)

 

Carl Gustav JUNG

 

À l'instant où j'ai ouvert un livre de Jung et commencé à en lire les premières pages, j'ai compris que j'avais trouvé, non une "âme-soeur" mais un "esprit-frère" et que, jamais, je ne pourrai défaire le lien ainsi noué.

Depuis lors, durant les périodes sombres de ma vie, j'ai toujours pu compter sur la parole juste et vraie de cet homme. Elle me confortait et me réconfortait lorsque m'envahissaient les sentiments, sensations, émotions, imaginations dont je ne savais rien et qui m'étaient douloureux. Il m'a aidée à les digérer, à les assimiler, à les intégrer, et à mieux les comprendre. Il m'a ainsi gardée de sombrer dans des abîmes de désespoir, et m'a sauvée du pire.

Il m'a permis de comprendre que TOUT - même l'infime, le minime, l'absurde, l'irrationnel... - avait un SENS non négligeable dans notre vie, et nous guidait vers notre CHEMIN propre. Que tout ce qui surgissait des PROFONDEURS DE NOTRE ÊTRE avait une finalité, nous menant vers la réalisation de notre être personnel et collectif, vers notre CROISSANCE - à l'instar de la croissance d'un arbre. Et vers l'accomplissement de notre destinée, fondamental pour l'humanité. 

 

MERCI, vieux chaman, Merlin plus qu'enchanteur, explorateur des profondeurs de l'âme humaine, psychologue de génie... 

Merci pour m'avoir laissé entrevoir que les profondeurs intérieures, les rêves, l'imaginaire, les aspirations et l'attirance pour l'univers symbolique des contes et mythes n'étaient pas choses insignifiantes et négligeables, mais éminemment précieuses pour la croissance de l'être, "la croissance de l'arbre", selon les lois immuables de la nature et de la vie. 

Merci pour avoir redonné à L'ÂME éternelle ses lettres de noblesse, et à l'ESPRIT sa faculté de vaincre l'ignorance, l'inconscience, les barbaries, les furies, et les folies de l'humanité.

Et merci, tout particulièrement, de m'avoir permis d'être libre de vagabonder et d'errer dans le vaste territoire que tu as défriché, à mon rythme, à ma manière propre, en suivant mes sentiers singuliers, sans jamais souffrir la contrainte de "suivre un maître".

 

Mandala de la fleur d'or - Jung

 

LA TOUR DE BOLLINGEN

 

La tour de Bolligen a été en partie construite par Jung lui-même, qui était un fameux "tailleur de pierres" et "sculpteur". À gauche, se trouve sa tour personnelle, où il se retirait régulièrement jusqu'à la fin de sa vie, vivant dans la plus grande simplicité (sans eau courante ni électricité).

Il a gravé au-dessus de la porte une parole qui semble résumer toute sa vie : il s'agirait d'un oracle de Delphes trouvé dans "Les Adages" d’Érasme.

 

"VOCATUS ATQUE NON VOCATUS DEUS ADERIT"

("appelé ou non-appelé, Dieu adviendra")

 

La tour de Bollingen

 

"LE LIVRE ROUGE"

 

"...eine Straße ohn' Ende" - "...une route sans fin"

 

Dessin de Jung Livre Rouge

 

Ce dessin de Jung est accompagné de 4 vers, dont le dernier signifie en allemand gothique "...une route sans fin"; il se trouve dans son remarquable "Livre rouge", un journal intérieur qu'il rédigea et illustra de ses dessins magnifiques durant quelques années douloureuses de sa vie. Ce processus créateur témoigne de notre vie intérieure, des effets de notre psyché profonde, de son abondante et fructueuse richesse, des lois qui la régissent, et de sa capacité à agir sur nous, en bien ou en mal...

Chaque être humain porte en lui ce témoignage de son appartenance à l'humanité. 

Il serait utile, et nécessaire, au monde actuel d'en prendre conscience, et de se souvenir que tout ce qui a été élaboré et créé par les humains prend sa source dans ses profondeurs, la matrice universelle dont tout est né. Jung l'a compris, comme d'autres avant lui. Toute son oeuvre est un brillant et inéluctable plaidoyer en faveur de l'origine, de l'essence, de la fonction, et du sens et de la finalité de l'être humain.

 

EXTRAITS DE PAROLES DE JUNG - PLUS QUE JAMAIS ACTUELLES

 

Naissance de fleurs sur vague-Peinture

 

"Il y avait une fois une fleur, une pierre, un cristal, une reine et un roi, un château, un amant et sa bien-aimée, quelque part, il y a longtemps, dans une île au milieu de la mer, il y a 5000 ans. C'est l'amour, la fleur mystique de l'âme, c'est le centre, le SOI. Personne ne comprend ce que je veux dire. Seul un poète pourrait le pressentir."

"Il faut trouver ce qui nous porte quand on ne peut plus se porter soi-même."

" Seul exerce une force de guérison ce que l'on est en vérité."

"Ce n'est pas moi qui me crée, j'adviens plutôt à moi-même."

"Le rêve est un essai pour tâcher de nous faire assimiler des choses non encore digérées. il est une tentative de guérison."

"L'enfant est l'abandonné, le délaissé, et en même temps le divinement puissant; il est le début insignifiant, douteux, et la fin triomphante. L'"éternel enfant" dans l'homme est une expérience indescriptible: un état d'inadaptation, un défaut et une prérogative divine. En dernier lieu, un impondérable qui fait la valeur ou la non-valeur d'une personnalité."

"Ce que l'on ne veut pas savoir de soi finit par arriver de l'extérieur comme un destin."

"... on doit faire preuve d'un contrôle conscient parfait, d'un style parfait, d'une audace et d'une grâce consommées pour pouvoir vivre au coeur de la barbarie. À la moindre faiblesse, c'en est fait de vous."

"C'est ainsi que l'on doit vivre, sans réserve, ni pour donner ni pour ressentir, selon les circonstances. Après tout, si l'on est bloqué, il y a toujours l'énantiodromie venant de l'inconscient qui ouvre de nouvelles avenues lorsque la volonté et les voies conscientes font défaut."

"Qu'on se représente comme on voudra la relation entre Dieu et l'âme. Une chose est certaine: l'âme ne peut être un "rien que..." Au contraire, elle a la dignité d'être consciente d'une relation avec le divin."

"Je veux ce que je peux."

"On satisfait au besoin mythique quand on possède une représentation qui explique suffisamment le sens de l'existence humaine dans le cosmos, représentation qui provient de la totalité de l'âme, notamment de la coopération du conscient et de l'inconscient. Le non-sens empêche la plénitude de la vie et signifie par conséquent maladie. Le sens rend beaucoup de choses, toutes peut-être, supportables. Aucune science ne remplacera jamais le mythe qui est la révélation d'une vie divine de l'homme. Ce n'est pas nous-mêmes qui créons le mythe, c'est lui qui nous parle comme "Verbe de Dieu"."

"À partir du milieu de la vie, celui-là seul reste vivant qui veut mourir avec la vie. (...) Ne pas vouloir vivre a le même sens que ne pas vouloir mourir. Devenir et disparaître forment une même courbe."

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"Ce qui est à venir se crée en toi et à partir de toi! Voilà pourquoi il faut que tu regardes en toi-même. Ne compare pas, ne mesure pas. Tous les autres chemins ne sont pour toi qu'illusion et égarement. Tu dois accomplir le chemin en toi-même."

 

Chemin de forêt vers lumière

"Mais qu'est-ce donc qui apporte la solution? Il s'agit de quelque chose d'ancestral et pour cette raison même de nouveau. Car une chose passée qui revient aujourd'hui dans un monde qui a changé est nouvelle. Enfanter une chose ancestrale au coeur d'un temps nouveau est création. C'est la création du nouveau et cela me délivre. La délivrance, c'est l'accomplissement du devoir. Le devoir, c'est d'enfanter l'ancien au coeur d'un temps nouveau. (...) Le sens ne réside pas dans l'éternel retour du même, mais dans la manière dont s'opère sa recréation dans le temps."

"La condition, c'est que l'on s'accepte entièrement et que l'on ne regrette rien, afin que tout soit mis en oeuvre pour la croissance de l'arbre. (...) C'est pourquoi une forme de solitude et d'isolement est la condition sine qua non d'une vie en bonne harmonie avec soi-même et avec les autres, sans laquelle on ne peut être suffisamment soi-même."

"Peut-on renoncer à soi-même? C'est le contraire de l'acceptation de soi. Quand on tombe sous l'emprise de soi - et cela arrive à quiconque renonce à soi-même - on est vécu par le SOI, il se vit lui-même. La vertu de l'oubli de soi est une aliénation naturelle qui prive celui qui la pratique de son être propre et ainsi de son évolution. C'est un péché que de priver l'autre de son SOI, dans l'intention d'être soi-même vertueux, par exemple en s'imposant à soi-même la charge de l'autre. Le péché produit un effet de retour. C'est bien assez s'assujettir à son propre SOI. L'oeuvre de rédemption, si tant est que l'on puisse prononcer un mot aussi grandiose, doit toujours être pratiquée sur nous-même. Sans amour de nous-même, cette oeuvre ne peut pas être accomplie."

"Le chemin est en nous, pas dans les livres ni dans les doctrines ni dans les lois. C'est en nous qu'est le chemin, la vérité et la vie. Malheur à ceux qui vivent selon des modèles, la vie n'et pas avec eux! Si vous vivez selon un modèle, vous vivez la vie d'un modèle. Mais qui vivra votre vie sinon vous-même? (...) Ne soyez pas avides d'avaler les fruits qui se trouvent sur les champs des autres. Ne voyez-vous pas que vous êtes vous-même le champ fertile qui porte tout ce qui vous est utile? Qui le sait aujourd'hui? Qui connaît le chemin qui mène aux champs éternellement fertiles de l'âme? Vous cherchez le chemin par le biais d'éléments extérieurs. Vous lisez des livres et écoutez des avis. A quoi bon? Il n'y a qu'un chemin et c'est votre chemin. (...) Que chacun suive son propre chemin. Légiférer, vouloir améliorer, faciliter est devenu une erreur et un mal. Le chemin conduit à un amour réciproque dans la communauté. Les hommes verront et sentiront la ressemblance et le caractère commun de leurs chemins."

"Nous devons donner du temps à la nature de sorte qu'elle puisse être notre mère. J'ai trouvé ici le moyen de vivre comme une partie de la nature, à mon propre rythme. On vit toujours dans le monde moderne comme si quelque chose de mieux allait arriver le lendemain, toujours dans le futur, et on ne pense plus à vivre sa vie. Tout est dans la tête. Quand un homme commence à se connaître, à découvrir en lui-même les racines de son passé, c'est une nouvelle vie." 

"Les idées véhiculées par des millions d'hommes pendant des générations sont de grandes vérités psychologiques éternelles. Considérons ces vérités comme le fait un psychologue. Voici l'esprit humain, sans préjugé, sans tache, non corrompu, symbolisé par une vierge, et cet esprit virginal en l'homme peut donner naissance à Dieu lui-même. "Le royaume des cieux est en vous." Voilà une grande vérité psychologique. Le christianisme est un magnifique système de psychothérapie. Il apaise la souffrance de l'âme.  C'est la vérité à laquelle l'homme a adhéré à travers les âges. 

Même après avoir à l'état conscient trop longtemps écouté aux portes de la science matérialiste moderne, il s'y accroche dans son inconscient. Les vieux symboles ont encore une valeur aujourd'hui. Ils conviennent à notre esprit comme ils convenaient aux esprits qui les ont conçus. Le grand vieillard tente d'exprimer ses expériences spirituelles au plus profond de l'inconscient de chacun de nous. (...) L'homme médiéval avait une magnifique relation avec Dieu. Il vivait dans un monde sûr, ou qu'il croyait tel. Dieu s'y occupait de chacun; il récompensait les bons et punissait les méchants. L'église était là, où il pouvait toujours demander le pardon et la grâce. Il suffisait de s'y rendre pour l'obtenir. Ses prières étaient entendues, il était spirituellement pris en charge. Mais qu'apprend-on à l'homme moderne? La science lui a enseigné que personne ne s'occupe de lui, et il est terrifié.

Après que nous eûmes abandonné ce Dieu médiéval, l'or devint pendant un temps notre Dieu. Mais lui aussi maintenant est déclaré incompétent. (...) Il est bien naturel que dans un monde pareil chacun devienne névrosé. (...) Mais, dis-je, les explosifs puissants se fabriquent-ils tout seuls? Déclarent-ils la guerre, partent-ils à la guerre? Emmènent-ils les hommes avec eux?

C'est la psyché de l'homme qui fait les guerres. Pas sa conscience. Sa conscience a peur, mais son inconscient qui contient la sauvagerie héritée aussi bien que les tendances spirituelles de la race, lui souffle: "C'est maintenant le temps de faire la guerre. C'est le temps de détruire et de tuer." Et il obéit.

Le danger le plus terrifiant auquel l'homme doit faire face est le pouvoir des idées. Aucune puissance cosmique n'a jamais détruit sur la terre dix millions d'hommes en quatre ans. Mais la psyché humaine l'a fait, et elle peut recommencer. Une seule chose qui fait peur, les pensées des gens. J'ai des moyens de défense contre les objets. Je mène une vie heureuse dans ma maison avec ma famille, mais supposez que leur vienne l'illusion que je suis le diable. Pourrai-je être heureux avec eux. Puis-je être en sécurité? Chacun d'entre nous est sujet à la contagion de masse. Les contagions de masse sont plus puissantes que l'homme et l'homme est leur victime. Il crie et parade et prétend qu'il est le chef, mais en réalité il est la victime. Elles sont l'éruption de forces terrestres et spirituelles venant du fond de la psyché. (...)

Interrogez les esprits qui parlent en vous. Devenez critique. L'homme moderne doit être pleinement conscient des dangers terribles qui résident dans les mouvements de masse. Écoutez ce que dit l'inconscient. Prêtez l'oreille à la voix du grand vieillard qui est en vous; il a vécu si longtemps, il en a tant vu et tant fait. Essayez de comprendre la volonté de Dieu, la remarquable force potentielle de la psyché.

Tout est là. Le royaume de Dieu est au-dedans de vous. Je dis: allez doucement. Allez doucement. Tout bien apporte avec lui le mal correspondant, et tout mal le bien correspondant. Ne courez pas vers l'un avant d'être préparé à rencontrer l'autre. Je ne me soucie pas du monde. (...) Il n'est pas d'une importance capitale pour moi de réussir une carrière, de mener à bien de grandes choses. 

Ce qui compte, et a du sens à mes yeux, c'est de vivre aussi pleinement que possible pour satisfaire la volonté divine en moi. Cette tâche me donne tant à faire que je n'ai plus de temps pour rien d'autre. Si nous vivions tous ainsi, nous n'aurions besoin ni d'armée, ni de police, ni de diplomatie, ni de politique, ni de banques. Notre vie serait sensée et ne serait pas une folie comme elle l'est maintenant.

La nature demande au pommier de porter des pommes et au poirier de porter des poires. La nature veut que je sois simplement un homme. Mais un homme conscient de ce que je suis et de ce que je fais. Dieu cherche la conscience dans l'homme. Là est la vérité intérieure de la naissance et de la résurrection du Christ. Quand de plus en plus d'hommes pensants en seront là, ce sera la renaissance spirituelle du monde. (...)

L'humanité n'a pas d'existence. J'existe, vous existez, mais l'humanité n'est qu'un mot. Soyez ce que Dieu veut que vous soyez; ne vous inquiétez pas de l'humanité. En vous souciant de l'humanité, qui n'existe pas, vous évitez de regarder ce qui existe: vous-même. Vous êtes semblable à un homme, accoudé à la clôture de son voisin et qui lui dit: "Regardez, là, une mauvaise herbe. Et là, une autre. Pourquoi ne sarclez-vous pas vos rangées un peu plus profond? Et pourquoi n'attachez-vous pas votre vigne?" Et pendant tout ce temps, derrière lui, son propre jardin est plein de mauvaises herbes."

"Ce qu'historiquement nous appelons progrès n'est, après tout, que le développement ultra-rapide du charbon et du pétrole. Pour le reste, nous ne sommes pas plus intelligents que les anciens Grecs et Romains. Quant aux troubles actuels, il n'est que de se souvenir que l'humanité a traversé plus d'une fois de telles épreuves et a témoigné d'un système d'adaptation perfectionné enfoui au fond de notre inconscient.

Le patient et moi nous nous adressons à cet homme vieux de deux millions d'années qui est en chacun de nous. En dernière analyse, la plupart de nos difficultés viennent d'une perte de contact avec nos instincts, avec la sagesse hors d'âge, qui est engrangée en nous à l'abri de l'oubli.

Où rencontrer ce vieil homme en nous?

Visage d'arbre

Dans nos rêves. Ils sont la manifestation claire de notre inconscient. Ils sont le rendez-vous de l'histoire des races et de nos problèmes extérieurs courants.  (...) Il y a espoir de venir à bout de la dépression chaque fois que le patient présente des symptômes névrotiques. Ils indiquent qu'il n'est pas uni avec lui-même et diagnostiquent en général eux-mêmes ce qui ne va pas. Ceux qui n'ont pas de symptômes névrotiques sont probablement inaccessibles à toute aide."

"L'activation de l'inconscient est un phénomène spécifique de notre temps. La psychologie des gens au cours du Moyen-Âge était totalement différente d'aujourd'hui: il ne se produisait aucune réalisation en dehors de la conscience. Même la science psychologique du 18ème siècle identifiait complètement la psyché à la conscience. (...)

Des couches entières de la psyché viennent pour la première fois à la lumière. C'est la raison pour laquelle fleurissent tant de "ismes". Une grande part de cette énergie va vers la science, sans nul doute, mais la science est neuve, sa tradition récente, et elle ne satisfait pas les besoins archétypiques. La situation psychologique présente est sans précédent; du point de vue de toutes les expériences passées, elle est anormale.

Le résultat est que l'homme commence à s'éveiller au fait qu'il est doté d'une psyché. L'homme du passé n'aurait pas compris ce que nous entendons par: "il se passe quelque chose dans notre tête". Rien de semblable ne lui arrivait. S'il avait senti quelque chose de ce genre, il se serait cru fou. Il avait coutume de dire: "Je sens quelque chose bouger dans mon coeur" - ou avant cela, il le sentait plus bas, dans l'estomac. Il n'était conscient que des pensées remuant le diaphragme ou les entrailles. Le mot grec "phren", signifiant "esprit", est la racine du mot "diaphragme". Lorsque quelqu'un commençait à sentir bouger dans sa tête, il s'inquiétait et consultait les médecins, car il savait que cela n'allait pas. Cette nouvelle sorte de psychologie vint des médecins. D'où son côté quelque peu pathologique.

La latence est certainement le meilleur état pour l'inconscient. Mais la vie s'est retirée des Eglises et n'y retournera pas. Les dieux ne reviennent pas dans les demeures qu'ils ont quittées. Il en advint de même au temps des empereurs romains, à la mort du paganisme. Selon la légende, le capitaine d'un bateau passant entre deux îles grecques entendit un grand cri de lamentation et une voix qui pleurait: "Pan ho megas tethneken", "le grand Pan est mort". Arrivé à Rome, il demanda audience à l'empereur alléguant les nouvelles importantes qu'il apportait. Pan était à l'origine un esprit de la nature sans importance, dont la principale occupation était de taquiner les bergers; mais quand plus tard les Romains se tournèrent davantage vers la culture grecque, Pan se mêla à "to pan" qui signifie "le tout". Il devint le "demiourgos", le démiurge, et "l'anima mundi", l'âme du monde. Ainsi les dieux multiples du paganisme se condensèrent-ils en un dieu. Puis vint ce message: "Pan est mort". Le grand Pan, qui est dieu, est mort. Seul l'homme demeure vivant. Après cela, le dieu Un devint un homme, qui fut le Christ; un homme pour tous. Mais maintenant que cela aussi est révolu, chaque homme doit porter le dieu. La descente de l'esprit dans la matière est accomplie.

Jésus, comme l'on sait, est né d'une mère non mariée. Un tel enfant est appelé illégitime et le préjugé qui accompagne cet état lui cause un grand tort. Il souffre d'un terrible sentiment d'infériorité qu'il devra à coup sûr compenser. D'où la tentation au désert où Jésus se vit offrir le royaume. C'est là qu'il rencontra son pire ennemi, le démon du pouvoir; mais il fut capable de voir cela et de refuser. Il dit: "Mon royaume n'est pas de ce monde", mais c'est tout de même un "royaume". Et l'on se souvient de cet incident étrange, l'entrée triomphale à Jérusalem. L'ultime défaillance vint à la Crucifixion avec ces mots tragiques: "Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné?" On doit, si l'on veut pleinement comprendre la tragédie de ces mots, se rendre compte de ce qu'ils signifiaient: le Christ voyait toute sa vie, vouée à la vérité selon sa conviction la meilleure, réduite à une terrible illusion. Il l'avait vécue jusqu'au fond dans une absolue sincérité, il avait fait son expérience honnêtement, c'était néanmoins une compensation. Sur la croix, sa mission le désertait; mais comme il avait vécu avec tant d'engagement et de dévouement, il parvint au corps de résurrection.

Nous tous devons faire exactement comme lui. Nous devons faire notre expérience. Nous devons faire des erreurs. Nous devons vivre notre propre vision de la vie; et il y aura des erreurs. Qui évite l'erreur ne vit pas; en un sens on peut même dire que toute vie est une erreur, car personne n'a trouvé la vérité. Vivre comme cela, c'est reconnaître le Christ comme notre frère et alors Dieu en effet devient homme. Cela peut paraître un terrible blasphème - mais il n'en est rien, car alors seulement nous pouvons comprendre le Christ comme il demanda à être compris, comme notre prochain; alors seulement Dieu devient homme en nous.

Cela semble être de la religion, mais ce n'est est pas. Je ne parle que comme un philosophe. On dit parfois que je suis un chef religieux, c'est faux. Je n'ai ni message ni mission; j'essaie seulement de comprendre. Nous sommes des philosophes, dans le vieux sens du mot, des amoureux de la Sagesse, ce qui écarte la compagnie parfois équivoque de ceux qui offrent une religion.

Enfin, une dernière chose que j'aimerais dire à chacun de vous mes amis: menez votre vie aussi bien que vous le pouvez, même si elle est fondée sur l'erreur, car le vie doit être dénouée et l'on trouve souvent la vérité à travers l'erreur. Alors, comme le Christ, vous aurez accompli votre expérience. Soyez humains, cherchez à comprendre, cherchez à l'intérieur, construisez vos hypothèses, votre philosophie de la vie. Alors nous pouvons reconnaître l'Esprit vivant dans l'inconscient de chaque individu. Alors nous devenons le frère du Christ."

 

Soleil se reflétant dans l'eau

 

VIVRE EN HARMONIE AVEC SOI ET LA NATURE - LA TOUR DE BOLLINGEN

Jung vivre en harmonie avec soi et la nature

Date de dernière mise à jour : 02/05/2024