L'inconscient collectif de Jung - Dialogue II

 

L'INCONSCIENT COLLECTIF DE JUNG

 

Inconscient collectif de jung

 

"La psychologie n’est pas uniquement un fait personnel. L’inconscient, qui possède ses propres lois et des mécanismes autonomes, exerce sur nous une influence importante, que l’on pourrait comparer à une perturbation cosmique. L’inconscient a le pouvoir de nous transporter ou de nous blesser de la même façon qu’une catastrophe cosmique ou météorologique." (CG Jung)

 

L'INCONSCIENT COLLECTIF DE JUNG - SOPHIE ET PATRICIA, DIALOGUE II

 

  • Un auteur a écrit récemment: "Ce n’est pas Jung qui est sujet d’inquiétude, mais l’inconscient collectif qu’il a découvert, un inconscient autonome et agissant. Un inconscient qui n’est pas seulement le réceptacle d’éléments anciens mais également porteur de développements futurs; un inconscient matrice de la conscience, antérieur à celle-ci."

Jung lui-même n’a cessé de répéter les mêmes paroles sa vie durant. L’homme ne se connaît pas suffisamment pour faire face aux graves problèmes actuels. il ne sait même pas ce qu’il se passe en lui; il ne sait pas que c’est lui qui est à l’origine du monde qu’il a créé; et il ignore les effets dévastateurs que l’inconscient peut avoir sur sa psyché et son comportement.

Est-ce pour ces raisons que peu d’entre nous entament le voyage intérieur qui nous permettrait de nous connaître mieux et de contribuer activement à l’évolution de l’humanité?

Pourquoi, près d’un siècle après la mort de Jung, en est-il toujours de même? Pourquoi y a-t-il aujourd’hui encore tant d’êtres humains qui vivent comme si l’inconscient collectif n’existait pas, ignorant ce "trésor d’images éternelles" dissimulé en chacun d’eux, source de vie, d’énergie et de croissance?

 

  • Penser l’inconscient, c’est lui donner vie, forme et contenu. Le premier à avoir ouvert cette voie est Freud. Mais il a compris que cet inconscient était difficilement contrôlable, voire insaisissable, et qu’il était impossible de le circonscrire. C’est pourquoi il s’est limité aux contenus de l’inconscient personnel, qu’il appelait le "ça", et à une approche qui s’accordait à sa théorie de la sexualité.

N’oublions pas que, même si Jung avait déjà commencé à explorer son propre inconscient et à expérimenter ses intuitions, c’est sa relation avec Freud et les conséquences qu’elle a eues sur lui qui l’ont incité à se pencher sérieusement sur les mythes, religions et traditions ésotériques, et à reculer ainsi les limites des données connues de l’inconscient collectif.

 

  • Je souhaiterais préciser certaines choses sur ces deux personnalités si radicalement opposées. Si Freud s’est limité à l’inconscient personnel (ou "ça"), c’est parce que sa conception matérialiste et rationnelle n’en saisissait tout simplement pas la dimension collective,  symbolique et archétypique, ne l’ayant ni explorée ni expérimentée.

De plus, les contenus symboliques de l’inconscient collectif ne pouvaient s’intégrer dans le cadre limité de sa théorie de la sexualité: il réduisait toute vie psychique à cette dernière et tout le monde devait, peu ou prou, s’y adapter. Tel Procuste, le bandit-aubergiste de la mythologie grecque avec ses lits de taille identique, qui coupait les jambes trop longues et étirait les jambes trop courtes de ses hôtes pour qu’ils s’ajustent parfaitement à leur couche.

 

  • ​​​​​​​Certes. Quant à Jung, il savait qu’aller à la rencontre de son inconscient, seul et sans guide, n’était pas sans risque périlleux. Mais il lui était impossible de faire autrement. Un appel impérieux l’a contraint, notamment après sa rupture avec Freud, durant une éprouvante dépression, à sonder ce qu’il y avait au plus profond de lui-même. Durant des années, il a exploré, observé et donné forme à cet inconscient collectif en sculptant, élaborant les mondes imaginaires qu'il portait en lui avec du sable et des pierres. Non seulement, il n’en est pas devenu fou, mais il a rapporté de ces créations et "jeux" avec l’inconscient des connaissances d’autant plus justes qu’il les avait expérimentées empiriquement en lui-même.​​​​​​​
  • C’est à cette époque qu’il a compris l’importance et l’envergure de l’inconscient collectif  qui s’est avéré être une couche beaucoup plus profonde de l’inconscient personnel, qui intègre les instincts et "ne provient pas d’acquisitions ou d’expériences personnelles, mais qui est innée. (…) Les instincts et les archétypes constituent ensemble l'inconscient collectif." (Jung)

 

  • ​​​​​​​​​​​​​​Par une introspection dépouillée de préjugés, de partis pris moralistes ou d'idées préconçues, Jung nous guide vers l’inconscient collectif qui fonde une Morale Universelle.

Dans la mesure où l’inconscient collectif et ses contenus archaïques replacent l’homme à sa juste place, au coeur de l’âme du monde ("l’anima mundi"), le lien ainsi tissé établit des codes universels, des valeurs morales et éthiques qui sont communes à toutes les sociétés..

 

  • Il fonde non seulement une Morale universelle, mais également l’Histoire collective:

"C’est dans l’inconscient collectif des individus que l’histoire se prépare, et lorsque les archétypes qui sont activés chez certains d’eux font surface, nous sommes alors au coeur même de l’histoire." (Jung)

Cet univers infini et mystérieux qui nous habite et dont nous ignorons tout recèle l’histoire de l’humanité. Une telle étendue permet peut-être d’expliquer notre réticence à entamer l’inquiétant voyage intérieur.​​​​​​​

 

  • Oui. Pour aller à la rencontre de l’inconscient collectif, nous devons nous affranchir de l’égo et de ses affects et émotions. Dans de telles conditions, beaucoup hésitent à partir à la rencontre de ce que Jung nomme "trésor symbolique". Trésor, parce que d’une valeur inestimable, mais si bien celé que le chemin qui y mène est presque invisible, bordé de multiples symboles qu’il faut déchiffrer pour avancer, et gardé par le "monstre" ancestral qui veille sur tout trésor.

 

  • Voici donc ce qu’est l’inconscient collectif: de nature à la fois personnelle-instinctive et collective-universelle.

Selon Jung, il recèle un "savoir absolu" et est "une objectivité vaste comme le monde".

Il contient des éléments et des modes de comportement communs à tous les humains.

Fondement psychique universel présent en chacun de nous, ses contenus sont les "archétypes", à savoir des "types originels", des "images universelles", ou des "possibilités héritées de représentations; des formes et des idées héritées, éternelles et identiques, d’abord sans contenu spécifique. Le contenu spécifique apparaît dans la vie individuelle où l’expérience personnelle se trouve captée précisément dans ces formes." (Jung)

Ces possibilités humaines de créer à l’infini des symboles, on les retrouve dans les mythes, les contes, les légendes, les religions, les traditions spirituelles et ésotériques, chez les populations anciennes et leurs croyances… ainsi que dans nos rêves, nos imaginations, nos fantasmagories, nos créations spontanées…

 

  • En effet, les contenus de l’inconscient collectif, d’abord appelés par Jung "images primordiales" puis "archétypes", doivent leur existence à une hérédité qui nous fait remonter à l’ère préhistorique.

Le mot "type", "tupos" en grec, signifie "empreinte" dans le sens de "prototype": l’archétype relèverait donc d’une empreinte ou trace unique, non transformable, non observable, non identifiable. Immuable donc.

Les mythes ont toujours constitué le cadre de ces "empreintes". Ceux qui relatent la cosmogonie, la genèse du monde, l’histoire du soleil, de la lune, des astres, de la terre peuplée de végétaux et d’animaux, animée par la puissance des éléments eau, feu, terre et ciel, ainsi que l’histoire des hommes, avec les diverses structures de leurs sociétés premières.

Les mythes véhiculent depuis toujours ces images archétypiques et universelles, ces "empreintes" communes aux religions primitives et antiques, et encore présentes dans notre vie actuelle.

 

  • Et pourtant, Jung s’est interrogé sur les raisons pour lesquelles, malgré leur présence, nous n’avons pas encore "ramassé le trésor d’images éternelles" de l’inconscient collectif.

Ces images, symboles ou "empreintes" que vous évoquez se sont considérablement appauvris. Nous nous sommes détournés de leur symbolique qui nourrissait abondamment notre psyché dans les temps anciens.

 

  • Vous soulevez ici un problème fondamental. Ce ne sont pas les symboles eux-mêmes qui se sont appauvris, car ils sont toujours manifestes, avec leurs aspects positifs et négatifs.  S’ils se sont éteints, c’est que nous les avons dévalorisés et niés au long des siècles.

Nous les avons projetés sur nos propres créations, comme s’ils étaient nés de nous-mêmes, croyant puérilement que nous pouvions dominer l’univers, voire que nous étions supérieurs à ce monde qui nous a enfantés.

 

  • Jung exprime cela avec lyrisme: "Les étoiles sont tombées du ciel et nos symboles les plus sublimes ont pâli; une vie secrète règne dans l’inconscient."

Les symboles et les archétypes qui nous ont donné vie et plénitude ont disparu dans notre inconscient où ils mènent une "vie secrète", à notre insu. Ce qui n’est pas sans danger…

Dès lors, à certaines époques de bouleversements, ces étoiles inconscientes "s’éveillent", se "constellent" collectivement, déversant sur nous leur lot de désastres, suivis parfois de renaissances.

 

  • Pour ce qui est des désastres, nous en constatons les effets catastrophiques dans notre vie actuelle: dérèglement climatique, surpopulation source d’inégalités et de misères, violences faites à la nature et à ses créatures, pollution de tous les éléments, excès et abus de toutes sortes…

 

  • Oui, vous avez raison. Il nous faudrait des pages pour parler des effets dévastateurs des activités humaines sur Dame Nature. Ainsi que du déchaînement de ses réactions…

Par ailleurs, c’est à juste escient que vous affirmez que les archétypes sont toujours manifestes.

Le "cercle magique" ou "mandala" par exemple est, depuis les temps les plus reculés, l’antidote, le contre-poison qui soigne et guérit l’être humain de ses états psychiques chaotiques et divisés. On a trouvé jusque sur les parois des cavernes préhistoriques des dessins de cercles que l’on attribue aux chamans qui les esquissaient lors de leurs rituels extatiques de guérison.

Toujours, l’humanité a possédé cette abondante moisson d’images protectrices, salvatrices, guérisseuses pour se garder des profondeurs inquiétantes de la vie psychique.

 

  • En effet, le mandala est un parfait exemple d’archétype et de cadre primordial: il a toujours rassemblé ce qui était épars. Bien qu’il signifie littéralement "cercle", il peut aussi être carré ou rectangulaire; et ses limites forment une circonférence ou un périmètre.

L’extraordinaire intérêt du mandala est son centre: un point central où tout s’amorce et  s’achève à la fois, tel le serpent qui se mord la queue.

Dans une finalité d’introspection, le mandala développe les facultés créatrices et l’intuition de celui qui le réalise.

Cependant, cette réalisation peut aussi être source d’angoisse, en raison des portes closes, des labyrinthes inextricables qui la jalonnent. Alors, le mandala ne libère qu’une fois achevé; lorsque le point central n’est plus perçu comme blocage mais comme finalité, il acquiert une valeur esthétique qui possède force, sagesse et beauté. 

Les Egyptiens façonnaient une ville identique à celle dans laquelle ils vivaient pour y demeurer après leur mort. Eux aussi utilisaient le mandala pour représenter le cycle de leur vie, mort et renaissance.

 

  • Je suppose que cette pratique leur était bénéfique, notamment au moment tragique de la mort. Je m’interroge sur la possibilité de renaissance de ces archétypes, de ces symboles si réconfortants pour l’âme. Quand les avons-nous donc perdus?

Selon Jung, le grand tournant s’est produit à la Renaissance, lorsque la Réforme a commencé à fissurer le "cercle magique" et ces images rassurantes et protectrices en les reniant et les refusant à ses adeptes. Puis elles se sont peu à peu effacées et leur influence bienfaisante sur l’âme humaine s’est éteinte, aboutissant à la pauvreté spirituelle des symboles actuels. L’humain s’est alors trouvé face à un néant abyssal qu’il a rempli de science, de rationalisme, de matérialisme, d’idéologies sans substance et sans vie. L’esprit a subi le même sort et a été réduit à un outil de pensée rationnel: l’intellect.

"Notre demeure spirituelle est tombée en ruines." est le triste constat de Jung.

 

  • Ce processus s’est parachevé plus tard, avec les "Lumières". La philosophie, dans son sens initial étymologique d’"amour de la sagesse" a cru pouvoir cohabiter avec la science moderne, mais cela s’est révélé impossible; cette dernière l’a évincée sans formalisme. C’est ainsi que les "Lumières", ouvrant la voie à la rationalité, ont tué les mythes, la poésie et la philosophie dans son acception originelle. Toute création a été bâillonnée par la nécessité de poursuivre un objectif utilitaire. L’imaginaire, les archétypes et images primordiales, et tout ce qui était de l’ordre du divin s’est vu reléguer à l’arrière-plan, refoulé dans l’inconscient.

Ainsi, les sociétés occidentales n’ont eu de cesse d’appauvrir les symboles, les remplaçant par le dieu de la science et la déesse de la rationalité.

Les religions elles-mêmes ont leur part de responsabilité dans ce processus: le protestantisme que vous avez cité s’est "débarrassé" des symboles les plus précieux pour la vie de l’âme.

Cependant, il reste d’autres traditions spirituelles susceptibles de ne pas nous laisser dépérir. La psychologie des profondeurs et l’inconscient collectif de Jung renouent avec la philosophie antique, les mythes anciens d’orient et d’occident et les oeuvres des poètes grecs, riches de leurs symboles universels.

 

  • Malgré tout, je ne puis m’empêcher de me questionner: que subsiste-t-il de ces contenus symboliques nécessaires à la plénitude de notre être; de cet inconscient collectif riche, fructueux et infini? En serons-nous inexorablement dépouillés à l'avenir?

J’imagine une gigantesque matrice, qui a enfanté, au fil des temps, la conscience humaine. Puis cette matrice a engrangé peu à peu l’existence des êtres humains: leurs peurs, joies, souffrances, émotions, drames, croyances, expériences, découvertes, réalisations… Et cette mère universelle a donné naissance à ce "cadre" ou ces "empreintes", comme vous les appelez, qui résident dans nos profondeurs.

Comment rétablir le contact avec elles? Signer avec elles un nouveau pacte pour être à nouveau nourris et fortifiés?

Ne faut-il pas avant tout abandonner l’illusion de notre toute-puissance, de notre pouvoir absolu, ce mirage insensé qui consiste à croire que nous sommes les maîtres en notre "demeure", libres d’utiliser cette richesse inconsciente à notre avantage et pour notre profit?

N'oublions pas qu'une vaste partie de l’inconscient collectif restera à jamais insaisissable, ineffable et inconnaissable.

 

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