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NATURE ET PSYCHÉ

Vers une conscience éveillée et une croissance humaine équitable

 

RENOUER LE LIEN ENTRE LA NATURE, L'HOMME ET SA PSYCHÉ,

EN SUIVANT LA "VOIE DE L'ARBRE", LA VOIE NATURELLE

 

 

"Le fond de l'âme est nature, et la nature est vie créatrice." (CG Jung)

"La psyché n’est pas quelque chose de distinct de la nature vivante. Elle est l’aspect psychique de la nature vivante. Elle est même l’aspect psychique de la matière…" (CG Jung)

"Le conflit entre Nature et Esprit n'est que la traduction de l'essence paradoxale de l'âme: elle possède un aspect physique et un aspect spirituel qui ne paraissent se contredire que parce qu'en dernière analyse nous ne saisissons pas son essence." (CG Jung)

 

 

Homme et arbre éclairé par boules lumineuses

 

NATURE ET PSYCHÉ

 

Comment renouer le lien rompu entre Nature et Psyché?

Pour l'homme moderne, la nature est un objet d’investigation, de connaissance, d’analyse, et particulièrement d’exploitation, extérieur à lui. Comme s'il avait oublié ou niait sa nature propre, sa nature intérieure. Comme s'il n'était plus partie intégrante de celle-ci, ne lui appartenait plus, ne se percevait plus comme né d'elle. Conditionné par l'illusion qu'elle lui est acquise sans limites, il s'est arrogé sur elle un pouvoir absolu de vie et de mort. 

Si on lui affirmait qu’il porte cette nature en lui, sans doute réagirait-il avec indifférence. Et si l'on rajoutait que la conscience est le fondement de toute évolution ou croissance, en citant Rabelais, "science sans conscience n'est que ruine de l'âme", il rétorquerait que le concept de l'âme n'est pas pertinent en l'occurence, et que l'homme est maître de la science et de la nature. 

On pourrait le questionner indéfiniment avant d'obtenir une réponse cohérente. Peut-être ignore-t-il "encore" que la science ne saurait exister sans conscience, sans âme? Et que c’est bel et bien celle-ci qui a permis à la science de naître?

Si , malgré tout, l’on tentait de le convaincre qu’il fait partie de la nature en tant qu’être vivant, que son sentiment de supériorité, son avidité, sa faim insatiable ne peuvent qu'altérer la source à laquelle il s’abreuve. Et que tout progrès exige de redonner une partie de ce qui a été reçu pour éviter d'épuiser irrémédiablement la richesse dilapidée, comme le soutenait déjà Ephrem Le Syriaque en son temps - "Que la source apaise ta soif sans que ta soif apaise ta source. Si au contraire tu épuisais la source, ta victoire deviendrait ton malheur." - il se détournerait du "vieil homme", cette figure ancestrale de sagesse qui habite chaque humain, selon Jung.

Et cela, même si une voix intérieure lui murmurait: "Je suis peut-être mort à tes yeux, mais tu es voué à une destruction inexorable, si tu continues de sectionner une à une les branches qui te soutiennent. Celles de l’arbre qui ne peut plus croître ni trouver d'équilibre à force d’être dépouillé. L’arbre du monde naturel et l'Arbre de Vie. L'arbre de la croissance et de la conscience..."

Alors la voix de l’ancien, du vieux sage ancestral, expirerait dans un souffle: "Les arbres créent le lien entre toutes les espèces vivantes, entre les éléments, la terre, l'eau, l'air, le ciel... et l'homme. C'est pourquoi on les trouve dans les récits et mythes universels depuis l'aube des temps. Ils racontent l'histoire de la nature et de la psyché, l'histoire de la vie."

 

LA VOIE DE L’ARBRE

 

Un destin commun à l'homme et à la nature? 

"Les moralistes (...) croient que le bel arbre de l'humanité ne prospère que grâce à l'élagage, au palissage et à l'installation d'espaliers, alors que le soleil, qui est le père, et la terre, qui est la mère, l'ont laissé croître librement à leur fantaisie, selon des lois profondes et pleines de sens." (CG Jung)

 

Arbre féminin-masculin

 

L’ARBRE est un archétype puissant: universel, primordial, fondamental. On le trouve dans toutes les civilisations, à toutes les époques. Il y représente la vie et sa loi immuable: la croissance, et le cycle toujours renouvelé de la naissance, vie et mort.

Il est ainsi une figure universelle de l'être humain. À la fois terrestre et céleste, féminin et masculin, maternel et paternel.

FÉMININ, il est la fécondité inaltérable, le processus de l'éclosion, la matrice accueillante, protectrice et sécurisante... Initiatrice aussi, où se perpétue l'expérience de la renaissance. 

MASCULIN, il est la force de l'enracinement par les racines puisant dans la terre, dans un entrelacement infini, les nourritures nécessaires, l'énergie, la vigueur indéfectible qui résiste aux éléments déchaînés, la robustesse des branches qui s'étendent perpétuellement, la mystérieuse communion avec ses semblables...

Un récit mythologique, "Philémon et Baucis", conte avec simplicité cette communion entre deux arbres qui figurent une femme et un homme: 

Philémon et Baucis, très âgés, vivaient en paix dans leur demeure. Généreux et accueillants, ils ouvraient leur porte à l'étranger, à l'inconnu, au vagabond qui avait besoin d'un instant de paix et de sécurité. Un jour, Zeus voulut visiter ses sujets sur terre et s'informer de leur facultés d'hospitalité et leur ouverture à l'autre. Accompagné par Hermès, il se déguisa en simple mortel et frappa à mille portes. Partout, les dieux furent mal reçus: on les mit dehors et on les rejeta.

Partout, sauf à la porte de Philémon et Baucis: ceux-ci les accueillirent et leur donnèrent l'hospitalité avec leur chaleur et leur humanité coutumières.

Pour les récompenser, Zeus leur accorda l'immortalité sous la forme de deux arbres croissant immuablement, leurs branches entremêlées. Chêne et tilleul, ils vécurent, liés jusqu'à la fin des temps.

Aussi, la "voie de l'arbre" correspond-elle à celle de l'être humain, l'arbre établissant un lien entre la terre et le ciel et figurant l'homme dont la psyché suit la même courbe. 

En tant qu’Arbre de Vie, l'arbre est est manifeste en chaque homme qui plonge ses racines dans ses abîmes intérieurs - là où résident ses ancêtres et ceux de son espèce - et croît vers sa destinée personnelle.

À l'heure actuelle, notre Arbre de Vie est menacé: il ne peut plus croître naturellement, sainement, de manière équilibrée et pérenne. Il en est de même de la nature intérieure de l'homme, de sa psyché. L'éveil de sa conscience assoupie est de plus en plus incertain et fastidieux. Or, négliger l'éveil de la conscience, c’est délester la vie de son sens, de son étincelle créatrice et de ses multiples possibilités de croissance.

Par conséquent, les liens entre la nature intérieure et la nature extérieure ont été considérablement distendus. De même que ceux qui relient les éléments naturels. Le souffle de l’inspiration est étouffé, la lumière de la vie ternie. La terre, de plus en plus tarie, sombre dans une obscurité où la déshumanisation accrue fait régner la peur, la violence et les implacables conflits.

 

LA VOIE DE L’ARBRE: ÉVEIL ET CROISSANCE DE LA CONSCIENCE

 

"La condition d'une vie harmonieuse est que l'on s'accepte entièrement et que l'on ne regrette rien, afin que tout soit mis en oeuvre pour la croissance de l'arbre." - "... la meilleure méthode [d'éducation] est celle qui sait faire pousser un arbre de façon qu'il remplisse le plus parfaitement possible les conditions de croissance mises en lui par la nature." (CG Jung)

 

Forêt illuminée

 

La conscience représente ce que l'humain est parvenu, au fil du temps, à extirper du domaine infini de l’inconscient. Cette matrice primordiale, selon Jung, d’où ont émergé la psyché et ses possibilités de vie.

L'humain conscient de lui est conscient de ce qu'il porte en lui d'inconnu, d'irrationnel, d'obscur, de dénaturé, voire de corrompu. Il est conscient de sa capacité à commettre le mal - sous forme de toute-puissance, de démesure, de violence, d'insatiabilité, de voracité - et à se perdre dans de périlleux chemins de traverse. Toutefois, fort de cette connaissance de lui, il devient responsable de ses aspects obscurs, en les acceptant et les assumant, comme il le ferait d'un enfant immature à l'aube de sa croissance. Ce faisant, il acquiert la liberté de cesser de perpétrer des actes destructeurs pour la nature - qu'elle soit extérieure ou intérieure.

En conséquence, la plus grande nécessité et urgence pour l'homme est de poursuivre cette oeuvre d'éveil de sa conscience, qui semble l'inéluctable voie vers la préservation de l’humanité et de la nature.

Seule, une conscience éveillée et clairvoyante a la faculté d’être le levain d’une croissance humaine pérenne, équitable, juste et saine, respectueuse de la vie et de la loi naturelle. 

"Nous devons donner du temps à la nature de sorte qu'elle puisse être notre mère. J'ai trouvé ici le moyen de vivre comme une partie de la nature, à mon propre rythme." (CG Jung)

Or, notre époque manque cruellement de liens ou de passerelles entre l’homme et son environnement. Et particulièrement de consciences éveillées. D’où les ruptures, fissures, déchirures dans la continuité de la vie, de la nature, de la terre, des espèces qui la peuplent. Ainsi que les scissions dans l'humanité et l'homme lui-même. La nature et l'humanité sont en perte de leur potentiel de vie et de croissance: affaiblies, dévitalisées, dépossédées de fertilité, de fécondité, de santé, de capacité de renouvellement...

Une conscience éveillée est LEVAIN de fertilité, GERME de croissance, GRAINE de vie.

Une conscience éveillée est donc saine, intègre, juste. Vivante et créatrice, elle est à même d'animer d’autres consciences qui, à leur tour, se laissent entraîner par cet élan dans une ronde ininterrompue...

 

De passerelle en passerelle…

 

Passerelle embrasée

 

Alors, quelque chose pourrait renaître. Quelque chose qui ressemblerait à la croissance de l’arbre, de l'Arbre de Vie.

Si l'Arbre de Vie croît, notre arbre intérieur croîtra également. Si la nature se développe selon ses lois et son rythme propres, notre nature intérieure se développera et nous guidera sur le chemin de notre psyché et de l'accomplissement de notre destinée.

L’homme conscient de lui est conscient de ses semblables, et responsable de la terre qui les porte et les nourrit. Stimulé par cette responsabilité, il prend soin de celle-ci et fait fructifier ses ressources et ses abondances.

"La nature demande au pommier de porter des pommes et au poirier de porter des poires. La nature veut que je sois simplement un homme. Mais un homme conscient de ce que je suis et de ce que je fais." (CG Jung)

 

La mondialisation

La mondialisation actuelle n'est qu'une large et illusoire porte béante, ouverte sur un vide abyssal.

 

L'embellie-Porte ouverte sur nuages-Magritte

 

L'être humain ne peut que s'y égarer, aveuglé par ce mirage qui altère sa vision, et y perdre les repères et fruits essentiels à sa croissance. Sa psyché cesse d'être nourrie, animée, inspirée et illuminée. Assombrie et divisée par un embrouillamini d'idéologies faussant la clarté de son jugement. Dévorée par la multiplicité de concepts stériles et creux qui ne génèrent que mal-être, mal-vivre, non-sens... 

Le chaos qui en résulte génère des courants fanatiques et unilatéraux, qui compensent misérablement la perte de l'identité et du sens de la vie personnelle.

La mondialisation actuelle n’est qu’une perversion ou déviation de l’universalité de l’humanité. 

Et pourtant, cette universalité née avec l'humanité, est toujours vivante et agissante en l'homme: elle est source d'une créativité dans laquelle il lui est loisible de puiser pour alimenter sa vie. En comprenant qu'il est partie intégrante de cette universelle humanité, il en devient solidaire et responsable, au lieu de se laisser dériver avec elle vers sa perte.

 

Réveiller la psyché atrophiée par l'atomisation et la conformité perpétrées par la mondialisation?

Le niveau de conscience d’un groupe d’humains est moins élevé et plus "primitif" que celui d’un homme seul, face à lui-même et au monde. Celui-ci est plus libre des conditionnements et contagions de masse, libre d’une standardisation mortifère où lui et ses semblables sont interchangeables et contraints de s’ajuster à l’espace qui leur est parcimonieusement concédé.

L’histoire de la mythologie grecque, "Les lits de Procuste", en est une évidente illustration. 

L’escroc Procuste était tenancier d’une auberge où tous les lits étaient de longueur égale. Aussi, contraignait-il ses clients à s’adapter à leur couche, coupant les jambes trop longues et étirant celles qui étaient trop courtes. Il fut implacablement puni par Zeus qui lui infligea la même torture que celle qu’il avait fait subir à ses hôtes.

L'atomisation est destructrice pour l’homme et son âme personnelle, car il se dilue dans un non-sens délétère et mortifère.

"Le non-sens empêche la plénitude de la vie, disait CG Jung. Le sens rend beaucoup de choses, toutes peut-être, supportables."

Qu'advient-il d'une vie privée de son sens?

Elle est réduite au précaire et au provisoire: abîme de peur et de désespoir, avec en prime la "mort dans l’âme". Le vieux philosophe Héraclite disait: "l'âme meurt si elle se transforme en eau." S'ensuit la "mort dans l'âme" de ceux que la vie a désertés.

Est-il possible de vivre dans un tel non-sens? Sans la joie d’exister? Sans l’exaltation de trouver son chemin propre? Sans la plénitude de remplir sa mission personnelle au sein de l'humanité? Sans lien ressourçant et enrichissant avec son environnement?

La réponse semble évidente...

D’où la nécessité d'ériger ces passerelles entre les hommes pour communiquer avec justesse, donner, recevoir, partager en toute intégrité, hors de toute forme de pouvoir et de toute-puissance:

    - par une compréhension et un élargissement de la conscience personnelle, dépasser les idées sectaires et circonscrites qui ne prennent en compte qu’un aspect infime de la vie,

   - par le refus des idéologies, des "ismes", ces modèles de pensée et de vie figés, étriqués, artificiels, ennemis de la nature humaine,

    - par une pédagogie et une transmission justes et vraies, menant vers la libération de ses conditionnements et préjugés, l'acceptation de soi et la compréhension de l'autre, l'unité humaine...

Tout cela nécessite engagement, discernement, intégrité: une conscience en éveil qui ne se laisse pas abuser par les systèmes pervertis et arbitraires. Dans le passé, nombreux sont ceux qui ont fait leurs preuves. Il y eut des époques aussi graves et imminentes que la nôtre, des fins de cycle, des périodes d’incubation avant la naissance ou renaissance, où la conscience a régressé, de crainte des avancées et des transformations inconnues et inquiétantes.

Mais toujours, elle a fini par se détourner d'un passé révolu pour s'engager sur la voie du renouveau. Toujours, la source de création et d’inspiration dans l’homme a rejailli, permettant à l’humanité de préserver ses facultés et ses dons, ceux dont CG Jung dit:

"Les dons supérieurs sont les plus beaux, mais aussi les plus dangereux fruits de l’arbre de l’humanité. Ils sont soutenus par de frêles branches faciles à briser."

Fragilité et vulnérabilité dont il faut rester conscient avec la plus grave et profonde vigilance...

 

L'importance de la FEMME et du FÉMININ

 

Arbre-femme ailée

 

Grâce à la "muse" et inspiratrice originelle, dont la relation avec la nature est intense et profonde, une source de création, de complétude et d'unité s'écoule par ces passages secrets et ineffables qui sont particuliers à la femme et au féminin. 

Grâce à cette communion qui lui permet d'adoucir et de guérir les blessures qui la marquent depuis des temps immémoriaux, par un transfert symbolique sur la nature, la femme conserve la faculté de puiser à l'énergie de celle-ci, à sa vitalité, à son rythme de croissance, à sa force de renouvellement.

Alors, une telle communion devient une promesse de symbiose féconde et fructueuse entre la femme et la nature: un partage, une réciprocité et un renforcement simultané de leurs forces de vie, à toutes deux.

Il est possible que le lien soit ainsi recréé entre la nature et la psyché, de même que leur essence commune.

Rainer Maria RILKE exprime ainsi le mystère de la communion avec l'arbre: 

"Si tu veux réussir à ce que vive un arbre

projette autour de lui cet espace intérieur qui réside en toi…

Ce n’est qu’en prenant forme

Dans ton renoncement qu’il devient réellement arbre."

 

Pour conclure, l'espoir exprimé par CG Jung:

"La conquête de la conscience fut le fruit le plus précieux de l'Arbre de Vie, l'arme magique qui conféra à l'homme sa victoire sur la terre et qui lui permettra - nous l'espérons du moins - une victoire encore plus grande sur lui-même."

 

Végétation mandala

 

 

 

Un conte simple de la voie de l'arbre

Forêt enchantée

 

 

Il y avait une forêt infinie qui recouvrait la terre, emplie d’embûches et de dangers. Y abondaient d’inouïes surprises, des pièges maléfiques, des créatures monstrueuses. On y avançait en tâtonnant, car il faisait toujours nuit au coeur des immenses arbres broussailleux. Quelques rais de lumière baignaient les hauteurs, mais ne parvenaient jamais jusqu’à terre. 

Sur les branches les plus hautes vivaient les humains les plus favorisés, ceux qui avaient les moyens de se réfugier dans leurs palais situés au faîte des arbres. Ils ne regardaient jamais ce qu’il se passait en bas. Les yeux levés vers le ciel, ils se contentaient de dérober à l’astre lumineux - le soleil - les rayons de lumière qu’il prodiguait aux sommets des arbres. Ces humains, tout en haut, n’étaient pas nombreux, mais ils se taillaient, dans les ramures majestueuses, la part du lion!

Plus bas, entre les hauteurs où se prélassait cette élite et les bas-fonds, vivaient d’autres hommes, au coeur des branchages. Ils s’accommodaient plus ou moins de leur condition ordinaire, même s’il n’avaient pas accès à la lumière du soleil. Ni à l’abondance et à la plénitude de la vie. Frileux et effrayés par leur existence sans saveur, attirés par les hauteurs, ils tentaient constamment de s’approcher des dieux qui y vivaient. Jamais, ils ne regardaient vers le bas. Cela les terrorisait car nombre d’entre eux venaient de la terre et craignaient d’y retomber. De préférence, ils tentaient de grimper sur quelque branche plus élevée, et de s’y agripper avec acharnement.

Enfin, tout en bas, se trouvaient les «bas-fonds». Un grand nombre d’hommes s'y terraient, si semblables les uns aux autres qu’il était difficile de les distinguer. C'étaient les invisibles, ceux qui avaient les pieds sur terre, ou même dans la terre, et se serraient dans les grottes, les fossés, les excavations, les creux… Ils consacraient leur temps à chercher la nourriture qui leur permettrait de subsister. On les appelait les misérables, car ils étaient courbés vers la terre pour y trouver les maigres fruits qu’ils pouvaient en tirer, les yeux baissés, n’ayant guère la force de les relever et de voir ce qu’il y avait au-dessus d’eux. Pourtant, comme ils en rêvaient, de ces hauteurs inaccessibles! Elles étaient l'unique fruit de leurs imaginations, de leurs fantaisies, de leurs espoirs. La seule nourriture qui leur permettait de rester vivants.

Ainsi passait le temps, invariable...

Jusqu'au jour où l'un d'eux disparut, mystérieusement, s'évanouissant dans la brume qui régnait dans les bas-fonds. Mais personne ne s’en soucia. 

Au fil du temps, d'autres disparurent. Ils furent de plus en plus nombreux à déserter la forêt qui ne les nourrissait pas. Les misérables commencèrent à s'en inquiéter et partirent à leur recherche. Cela dura longtemps. Mais ils ne se décourageaient pas, comme si cette quête donnait du sens à leur triste existence.

Enfin, un jour, ils les retrouvèrent comme par miracle, à la lisière de la forêt infinie. Certains étaient seuls, d’autres en petits groupes. Sans se concerter, ils s'étaient mis à exercer une activité étrange et incompréhensible à ceux qui les avaient retrouvés.

Ils défrichaient la terre envahie de broussaille, ils taillaient des chemins dans la forêt, ils élaguaient les buissons impénétrables. Ils vivaient en plein soleil, démunis certes mais rayonnants de leur oeuvre de déblayage qui leur prodiguait énergie et élan vital. 

Chacun d’eux, un jour, avait eu le désir de tailler dans la masse d’arbres et de sous-bois pour ouvrir un chemin à ses semblables. Chemin vers la lumière, vers les terres fertiles, vers l’abondance de la vie.

Ils étaient devenus des défricheurs et des passeurs de vie. Bien que peu nombreux, ils espéraient libérer les misérables de la malédiction de l’infinie forêt obscure. Et chaque jour, d'autres hommes des bas-fonds les rejoignaient pour oeuvrer avec eux.

C’est ainsi que le peuple des misérables, des bas-fonds, s’était engagé dans la transformation de la nature. Tout en défrichant, ils s’appropriaient de plus en plus de terres vierges, les semaient et récoltaient le fruit de leurs semailles.

Ils attiraient également les humains qui vivaient dans les branchages et voyaient au bas luire la terre fertilisée. Irrésistiblement, ils descendaient de leurs arbres et se joignaient à eux.

Hélas, ceux qui vivaient au sommet des arbres géants ne voyaient rien de ce qui survenait en bas. Ils ne regardaient que le ciel et les rais de lumière qui les atteignaient. Ils ne changeaient pas de place, ni d’habitudes, demeurant immobiles dans leurs palais. Àdemi-morts. 

Pendant ce temps, se poursuivait le défrichage à la lisière de la forêt et de plus en plus d’hommes descendaient des arbres pour s’associer à la fécondation de la terre. Ceux qui poursuivaient cette oeuvre vivaient à présent à la lumière du jour, jouissaient de la chaleur et de la lumière du soleil, faisaient naître les fruits de la terre. Et croissaient eux-mêmes.

Épilogue

La voie de l’arbre est la voie naturelle: celle qui laisse agir la nature intérieure et extérieure, qui s’abandonne à sa loi, croît à son rythme, permet aux racines de l'arbre de s’enfoncer et s’étendre dans la terre pour s'y nourrir, et aux branches de s’élever vers le ciel; celle qui accepte les aléas du temps et de la vie, et donne des fruits substantiels et nourrissants pour le corps et l’âme.

Le fruit le plus fécond de l’arbre est la conscience qui, elle aussi, croît naturellement. Il suffit de se soumettre à son rythme personnel de maturation pour devenir humain, et se vivre soi-même dans sa totalité.

 

 

Rencontre avec l'arbre-homme

Date de dernière mise à jour : 07/09/2020

 

SÉANCES INDIVIDUELLES DE PSYCHOLOGIE DES PROFONDEURS ET CONSCIENCE DE SOI 

(Voir événement de l'agenda correspondant, ainsi que les pages Écriture - Rêves)